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«Engager un 50+ est un investissement en termes de stabilité et de réseau professionnel»

«Parmi les obstacles au retour à l'emploi, les participants mentionnent une absence de réponses aux candidatures envoyées.»

Les personnes de 50+ rencontrent de grandes difficultés pour retrouver un emploi. Pour quelles raisons?

Nicole Antonietti: Si les personnes interrogées démontrent, au début de la période de chômage, des ressources telles que la flexibilité, l’optimisme, un réseau social étendu, et de nombreuses recherches d’emploi, les obstacles perçus réduisent peu à peu ces ressources. En effet, en raison de facteurs comme le temps qui passe, une absence de réponses de la part des employeurs, l’éloignement du monde du travail, l’absence d’entretiens et de propositions de travail, ainsi que l’anticipation de la diminution des ressources financières, les ressources sont mises à mal. Les personnes sont de plus en plus découragées, fatiguées et déprimées. Leur estime de soi baisse et leur image d’elles-mêmes devient négative. Par conséquent, il devient difficile de maintenir des ressources pour optimiser le retour à l’emploi. D’autres caractéristiques de l’environnement, telles que les stéréotypes sur les travailleurs seniors (manque de flexibilité, intransigeance, compétences obsolètes) ne contribuent pas à améliorer la situation. C’est un cercle vicieux dans lequel on voit les difficultés s’accentuer.

Comment mieux intégrer ces personnes sur le marché de l'emploi?

Un modèle d’employabilité centré sur la personne a été utilisé afin d’identifier les ressources et les obstacles au retour à l’emploi. Ce modèle psychologique est centré sur les dimensions qu’une personne peut renforcer pour augmenter son employabilité. Toutefois, il ne faut pas négliger l’importance des facteurs contextuels, et notamment l’attitude des employeurs. Parmi les obstacles au retour à l’emploi, les participants mentionnent une absence de réponses aux candidatures envoyées, une discrimination envers les seniors à travers des stéréotypes tels que «les seniors sont moins motivés, moins flexibles, plus lents, coûtent chers et ont des compétences obsolètes». Ainsi, l’expérience professionnelle des seniors est minimisée. Il convient d’intervenir auprès des employeurs à deux niveaux. Premièrement, il s’agit d’aller à leur rencontre pour les sensibiliser à la problématique des seniors au chômage, aux avantages apportés par ces derniers en termes de stabilité, d’investissement et de réseau professionnel, un travail que réalise par exemple la Fondation Qualife à Genève. Deuxièmement, en termes de culture d’entreprise et de pratiques RH, il s’agit d’aider les 50+ en emploi à développer leur employabilité au sein même de l’organisation, avec un accent sur la formation continue, de favoriser le recrutement des seniors ainsi que la mobilité au sein de l’entreprise.

Et quelles pistes voyez-vous pour les chercheurs d'emploi de 50+?

Grâce au modèle d’employabilité utilisé dans le travail, qui comporte trois pôles (identité de carrière, adaptabilité personnelle et capital humain et social), les chercheurs d’emploi peuvent identifier les dimensions sur lesquelles ils peuvent travailler pour optimiser leur retour à l’emploi. Il faut savoir qu’une employabilité élevée permet notamment de réévaluer le sens donné au chômage et rend le chercheur d’emploi moins vulnérable au stress et au découragement. Le bilan de compétences peut aider à faire sens de son passé professionnel et à le mettre en valeur auprès des employeurs. Par ailleurs, les chômeurs seniors doivent veiller à cultiver leurs réseaux sociaux et à s’engager dans des activités annexes ou bénévoles. Cela permet de renforcer le sentiment d’appartenance et d’éviter l’exclusion. Le travail sur l’estime de soi permet d’intensifier ses recherches d’emploi et d’adopter plus de comportements exploratoires. Concernant le capital humain, il conviendra de veiller à la mise à jour de ses compétences soit à travers une formation ou des activités bénévoles pour être opérationnel rapidement. En effet, une attitude positive ne suffit pas! Enfin, il est recommandé de cibler plusieurs domaines, sans toutefois se disperser, et à contacter les employeurs afin de récolter des informations et étendre son réseau professionnel.

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Dans le cadre de son Master RH des Univer­sités de Genève, Lausanne, Neuchâtel et Fribourg, Nicole Antonietti a rédigé un mémoire intitulé: «Le chômage de longue durée des 50 ans et plus: une analyse de l’employ­abilité perçue et des obstacles à la réinser­tion professionnelle».

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