Formation professionnelle

La stigmatisation de l’apprentissage en deux ans appartient au passé

En défendant l’attestation de formation professionnelle (AFP) et en facilitant son accès aux jeunes peu scolaires, la ministre vaudoise de l’éducation Cesla Amarelle a marqué un virage important. Les associations patronales faîtières approuvent cette évolution, qui ouvre de nouvelles perspectives pour la relève dans une série considérable de métiers.

Pendant plus de quinze ans, les cantons romands ont été à la traîne concernant la participation des jeunes à la formation professionnelle en deux ans. L’AFP, ce titre fédéral introduit en 2004 pour couronner des apprentissages sur une base essentiellement pratique, était mal vu de ce côté de la Sarine: par les employeurs qui le considéraient comme une formation au rabais sans perspectives professionnelles, par les services publics qui en décourageaient l’accès grâce à des entraves administratives, par les parents d’élèves qui espéraient mieux pour leurs enfants, et par les jeunes eux-mêmes qui percevaient bien la mauvaise image de cette filière réputée «pour les nuls».

Les milieux de l’insertion socioprofessionnelle, qui organisent les mesures de transition pour les jeunes sans solution après l’école obligatoire, étaient un peu seuls à défendre cette voie de formation. Estimant qu’une AFP vaut mieux que pas de diplôme du tout, et cherchant désespérément des places d’apprentissage pour leurs bénéficiaires, les organismes prestataires de l’insertion ont constaté que beaucoup d’adolescents se réveillent sur le tard: une fois engagés sur le chemin de la formation, les titulaires d’une AFP sont ensuite près de la moitié à poursuivre leur qualification et obtenir un CFC.

C’est donc un véritable tournant qui a eu lieu le 13 janvier 2020 avec la prise de position très forte de Cesla Amarelle. Lors d’une conférence-débat organisée par l’association faîtière Insertion Vaud à Lausanne, la cheffe du Département vaudois de la formation, de la jeunesse et de la culture a annoncé la levée de l’entretien obligatoire avec un psychologue pour entrer en filière AFP. «Vous imaginez bien la stigmatisation que pouvait représenter une telle étape», a-t-elle déclaré devant près de 400 personnes - en bonne partie des employeurs, des orienteurs scolaires et des formateurs -, en présence de représentants de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, de la Fédération patronale vaudoise et de la Fédération vaudoise des entrepreneurs.

Le fait que les trois principales associations patronales du canton aient apporté leur soutien à cet événement a également été un signal fort d’une évolution des mentalités côté employeurs. Le public, très ému, a vivement applaudi les témoignages d’apprentis et de leurs formateurs - de divers domaines professionnels et différentes tailles d’entreprises -, qui ont largement démontré lors de cette soirée que la voie de l’AFP pouvait être celle du succès.

Dans un rapport paru en mars 2019, le Conseil fédéral avait déjà souligné que « trois évaluations ont conclu au succès de la formation initiale de deux ans avec AFP, que ce soit sur le plan de l’intégration sur le marché du travail, de la perméabilité à des formations plus élevées ou du degré de satisfaction des différents acteurs concernés».

Avec actuellement près de soixante professions accessibles via une AFP, «l’offre devrait s’étoffer et s’ouvrir à tous les domaines de formation», mentionne le Canton de Vaud sur son site internet. Comme ce sont les organisations du travail (OrTra) qui décident de créer ces filières, la balle est maintenant dans le camp des milieux professionnels. Ils amèneront ainsi leur contribution à l’insertion de personnes pour qui l’AFP sera toujours mieux que le chômage ou l’aide sociale, et en qui les employeurs trouveront des apprentis reconnaissants, motivés et ambitionnant souvent de poursuivre plus loin leur certification.

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Emmanuelle Marendaz Colle est chargée de relations publiques pour l’association Insertion Vaud, faîtière des organismes d’insertion vaudois. D’abord journaliste pour la presse écrite, elle a été successivement porte-parole de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) et responsable de la communication pour le Pôle de recherche national LIVES sur la vulnérabilité dans les parcours de vie (Université de Lausanne).

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