Réseaux d'entreprises

Les réseaux d’entraide, un terreau propice aux solutions innovantes

Le Groupement des chefs d’entreprise et les Cercles de rezonance se développent en Suisse romande. Ces espaces sécurisés et confidentiels permettent de sortir de l’isolement, conscientiser ses talents et tisser des solutions innovantes.

Certains ont pour passion les bonzaïs, la natation, les voyages ou les bons vins... il se trouve que ce qui me fait vibrer, c’est le management collaboratif. Je collectionne les livres, les formations, les réseaux et les aventures managériales depuis aussi loin que je m’en souvienne. Enfant déjà, je mettais en réseau nos voisins et leurs savoirs. Est-ce un hasard si j’ai créé une entreprise qui s’appelle rezonance? J’ai mis trois ans à trouver ce nom. J’étais en recherche d’un nom multilingue, féminin, à la fois descriptif et imagé. Dans rezonance il y a le mot réseau, raison, et résonance, trois notions importantes qui soustendent le fonctionnement des réseaux d’entraide entre pairs. Si j’ai eu la chance d’innover ces 20 dernières années, en créant rezonance – le premier réseau social suisse romand (sept ans avant facebook et cinq ans avant LinkedIn), en sensibilisant toute une région aux défis du digital depuis 1998, en lançant les premiers espaces de coworking de Genève et de Lausanne (dès 2009) ou en designant plusieurs formations innovantes, c’est à ma façon de voir le monde que je le dois. Et pour bien comprendre toute la richesse de l’entraide, ce détour est important.

Elargir son regard pour mieux comprendre le monde

Très vite, grâce aux images générées par les microscopes et les télescopes, j’ai découvert que les choses n’étaient pas des objets séparés les uns des autres, mais reliés entre eux. Certes on peut voir l’objet en soi, faire analyser chacune de ses parties par différents spécialistes, mais on découvre surtout qu’un objet est plus que l’addition de ses parties, notamment en examinant les liens entre eux et avec l’environnement. On oppose souvent ces deux façons de voir, le rationnel et le systémique. Or les voies de la connaissance sont multiples. Si nos savoirs sont aujourd’hui imprégnés majoritairement d’une vision analytique, il devient intéressant, voire nécessaire, de s’ouvrir aux autres voies de la connaissance humaine: écologique (ou systémique), mais aussi symbolique et opérative. Voici un bref tableau qui les récapitule, inspiré des recherches du biologiste Luc Bigé.

Pourquoi parler de la façon dont on peut appréhender le réel, alors que le thème de cet article est les réseaux d’entraide entre pairs? Car ce qui est en jeu dans cette intelligence collective entre pairs, c’est la raison bien sûr, mais pas uniquement. Nous sommes en train de passer de l’analyse vers les liens systémiques, du signe au symbole, de la formation à la transformation. Si la formation classique est du registre de la connaissance analytique, alors l’entraide entre pairs est du registre de la connaissance écologique. Et je ne suis pas en train d’opposer ces deux voies. Il s’agit juste de les conjuguer.

L’effet de l’entraide est la magie de la mise en résonance. Prenons une métaphore: connaissez-vous le chant harmonique? Chacun chante une note avec d’éventuelles variations, principalement des voyelles. Les chanteurs sont souvent disposés en cercle. Pensez aux chants des steppes mongoles, ou plus près de nous de la Corse. Et tout à coup apparaissent des notes qui ne sont chantées par personne en particulier. Le même phénomène est perceptible dans l’entraide: la mise en résonance du groupe permet des prises de conscience individuelle et collective intenses, et l’émergence de solutions innovantes.

Pour les entrepreneurs et managers en Suisse romande

Au début des années 2000, j’ai fait partie de la Commission fédérale Potenti’ELLE, chargée de proposer des mesures pour soutenir l’entrepreneuriat au féminin. Après deux ans de réflexion et une étude, force était de constater qu’aucune solution n’avait pu être esquissée. Je suis donc partie à la recherche de solutions concrètes. Et c’est ainsi que je découvre, au Canada, l’entraide entre pairs.

Cette façon particulière de progresser a déjà séduit plus de 500 personnes en Suisse romande, grâce aux trois réseaux que j’ai eu le bonheur de lancer: les Cellules d’entraide pour femmes en 2006, qui a réuni plus de 400 femmes, le Groupement des chefs d’entreprise en 2010, qui réunit aujourd’hui une centaine de chefs d’entreprise, tous propriétaires, et les Cercles de rezonance développés en 2017, pour les managers et responsables d’organisation, et qui va rapidement dépasser les 100 participants.

Il existe bien sûr d’autres réseaux. En France, le réseau Germe fonctionne selon les mêmes principes: un groupe de personnes décidées à s’entraider et échanger pour progresser sur le plan personnel et professionnel. Actif en France et à l’international, on peut aussi mentionner le CJD et les clubs APM. Il faut aussi citer les réseaux d’entraide anglo-saxons que sont EO ou YPO, et d’autres réseaux tels que le BNI focalisé sur le développement commercial, ou les Master Mind group dont le focus est souvent plus spécifique, par exemple concernant une fonctionnalité ou un métier en particulier (apprendre à parler en public par exemple).

Fonctionnement des groupes d’entraide

Les membres d’un groupe d’entraide font preuve d’ouverture. Ils ont le goût de la progression individuelle et collective. Ils savent donner et recevoir, prêts à s’enrichir au contact des autres. La rencontre entre pairs d’univers différents stimule la confrontation d’expériences, la prise de hauteur et la croissance managériale. L’échange n’a pas seulement des vertus pédagogiques, c’est aussi la source d’une progression permanente. Le succès de l’entraide repose sur la totale confidentialité des propos échangés et la non concurrence entre les membres. Les réunions suivent des rituels et sont animés par des professionnels de l’accompagnement.

Un groupe d’entraide entre entrepreneurs ou managers est un réseau confidentiel dont les membres sont cooptés, c’est une réunion de pairs disponibles, bienveillants et non jugeant; une source de progression bienvenue dans un monde en mutation, un laboratoire pour tester de nouvelles approches sans risque; un engagement durable dont on est co-responsable; un moment privilégié qui rythme sa progression, un temps pour conscientiser ses talents et développer son potentiel; un soutien sur le plan professionnel et personnel, car les deux sont liés; un lieu où aiguiser son expertise et qui fait gagner du temps; un espace pour développer son leadership en toute sécurité, un co-apprentissage et une co-créativité qui ressourcent; une communauté de pratiques que favorise la diversité de ses membres, une dynamique de groupe fondée sur l’échange d’expériences; un réseau où tisser des liens de qualité et une pratique joyeuse de co-développement.

Les membres se réunissent de façon régulière, et en plénière au moins une fois par an pour favoriser la rencontre entre membres. Les modalités de déploiement peuvent varier, mais il faut insister sur l’importance de la présence aux réunions qui peuvent être intenses sur une demi-journée, une journée ou un week-end. Rejoindre un réseau d’entraide demande de l’engagement et de l’assiduité.

Les bénéfices

Pour coller au plus près de ma réalité, voici quelques témoignages de bénéficiaires des Cercles de rezonance, mais ces témoignages peuvent aussi s’appliquer aux autres réseaux d’entraide mentionnés plus haut: «Les Cercles sont un magnifique lieu de partage humain d’où émerge la connaissance collective dans le sens le plus élevé. Chaque minute est un apprentissage, un partage, une victoire!»; «Quelle aventure. C’est «life changing». C’est un cercle vertueux où travailler les intelligences, la diversité, le feedback , tout en approfondissant mon leadership et ma capacité à transformer mes pensées en action pour le meilleur de l’entreprise.» Ou encore: «Par ma participation à un Cercle, une somme de petits changements a modifié profondément la manière de gérer mon équipe. Tout se déroule tellement naturellement que je n’en suis presque pas conscient. Mais mes collègues et mes proches sont là pour me rappeler le chemin parcouru. Et c’est impressionnant.»

Pour savoir si rejoindre un groupe d’entraide est pertinent pour vous, il est nécessaire d’expérimenter. N’hésitez pas à contacter les différents réseaux mentionnés dans cet article et vous serez invité à rencontrer les membres et valider la pertinence d’un tel réseau pour vous. Ce qui frappe dans les témoignages se résume souvent à trois choses essentiellement: 1. Briser l’isolement 2. La confiance: «Je ne savais pas que l’on pouvait développer un tel niveau de confiance en si peu de temps.» et 3. La progression: «Je suis serein et mon entreprise va bien depuis que je pratique l’entraide, sans pouvoir dire ce qui, en particulier, a été déclencheur dans ma transformation professionnelle et personnelle.»

Ces dernières années, j’ai eu la chance de fréquenter assidûment la Team Academy en Finlande, Mondragon University en Espagne, le Tecnologico de Monterrey au Mexique, la Crea Conference en Italie, l’ISEOR à Lyon et la HEG Fribourg en Suisse. Ces instituts de formation sont tous à la recherche de nouveaux modèles pédagogiques. Les réseaux d’entraide sont une des réponses à leur questionnement.

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Directrice et fondatrice de Rezonance, elle est Présidente et fondatrice de Muse - Fondation pour la Créativité Entrepreneuriale et membre du Think Tank du World Entrepreneurship Forum. Chroniqueuse, formatrice et conférencière. Associée principale pour l'Europe de Lise Cardinal et associés. Geneviève Morand a un double parcours d'intrapreneur dans les PME et la grande entreprise et d'entrepreneur classique et social. Pendant 15 ans, elle dirige différentes entreprises de distribution de films (Pedro Almodovar, Coline Serreau, etc.) et pendant 7 ans, le marketing de la Télévision Suisse Romande. Elle produit deux films sur les Indiens Kogis de Colombie. En 1998, pionnière des réseaux sociaux, elle crée la plateforme rezonance.ch, un réseau social d'entrepreneurs et une plateforme d'initiatives de changement. www.rezonance.ch En 2009, elle lance deux espaces de coworking à Genève et à Lausanne dans le but de soutenir l'émergence de la classe créative. www.la-muse.ch

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