Portrait

Une femme pressée

Christina Gnädinger, responsable RH de la Reka, menait sa carrière tambour battant lorsque l’adversité l’a poussée à se remettre en question.
Aujourd’hui, elle a trouvé son poste de rêve et se sent «comme un poisson dans l’eau».

Le siège central de la Caisse suisse de voyage Reka, à Berne, est niché sous les arcades de la vieille ville. L’accès au bâtiment ressemble à celui d’une salle des coffres: on entre via un sas qui débouche sur une petite salle d’attente où le logo bleu-rouge de la Reka trône sur les murs, et le visiteur ne peut pas en sortir sans intervention extérieure. La délivrance vient de la responsable des ressources humaines, Christina Gnädinger: «Nous sommes presque une banque», sourit-elle en expliquant que les consignes de sécurité sont strictes.

Connue surtout pour son argent sous forme de chèques, la Reka s’efforce de fournir elle-même toutes ses prestations, en sous-traitant le moins possible. Tous les employés sont sous contrat, déclare non sans fierté Christina Gnädinger. Ils sont 100 au siège central et 520 dans les villages de vacances exploités par cette entreprise à but non lucratif.

 

Pas de règle sans exception

 

Seule l’administration des ressources humaines a été soustraitée, il y a cinq ans, à l’arrivée du nouveau PDG Roger Seifritz. Jusque-là, Roger Seifritz faisait office de HR-polyvalent. Et «les cadres dirigeants faisaient beaucoup par eux-mêmes», précise Christine Gnädinger. Rédaction des contrats et des certificats de travail, fixation des salaires... Aujourd’hui, un partenaire externe se charge de toutes ces tâches administratives. Ce partenaire leur a également développé un portail RH auquel les cadres dirigeants peuvent s’adresser pour accéder aux dossiers du personnel ou annoncer une démission, par exemple. Une solution dont Christina Gnädinger est très satisfaite.

 

Avec la nomination de Christina Gnädinger, la gestion des RH est entrée dans une dimension stratégique. La nouvelle politique commerciale de la maison vise de nouveaux groupes cibles (comme les sportifs, les couples sans enfants et les retraités) pour faire vivre les villages de vacances pendant la saison morte. Il s’agit aussi de mieux faire connaître la carte de débit Reka, afin que son utilisation se répande. Par ailleurs, certains profils ont été modifiés au cours du processus de digitalisation. Il n’est pas toujours aisé de savoir comment les exigences liées à l’emploi vont continuer à évoluer. «Nous devons être proactifs et essayer d’identifier les compétences et les caractéristiques individuelles dont nous avons besoin pour engager des personnes qui donneront satisfaction dans la durée, et pas seulement pendant une année.»

 

Pas tout le monde dans le même panier

 

C’est pourquoi Christina Gnädinger emploie actuellement un nouveau modèle d’évaluation et de développement du personnel. Cet outil interne vise à «contrôler les compétences clés que nos employés doivent présenter dans leurs fonctions respectives». Le but est de veiller à garantir la diversité au sein de l’entreprise. Un employeur aurait tort de vouloir «mettre tous ses œufs dans le même panier», estime-t-elle. Avec des prestations aussi variées que les chèques Reka, les vacances et les offres sociales, il est de toute façon quasiment impossible d’appliquer des critères d’évaluation uniformes pour tous les employés. La formation et la sensibilisation des cadres l’occupera jusqu’à la fin de l’année.

Crises et changement culturel

 

La Reka a adapté ses offres de prestations à la baisse des revenus de la population. D’où un indispensable changement de culture qui occupe également Christina Gnädinger en ce moment. Bien que la Reka soit une société à but non lucratif, elle ne peut se soustraire à la nécessité de rechercher la viabilité économique: «Les marchés financiers dégagent de moins en moins de bénéfices depuis quelques années.» Cela augmente significativement la pression économique. «On le ressent partout.» Ainsi, les villages de vacances ont été professionnalisés: ils ne sont plus gérés par des «administrateurs» mais par des «hôtes». Ceux-ci doivent tenter d’évaluer au plus près les revenus escomptables grâce aux nouvelles activités. Par exemple, les vacanciers «se voient maintenant proposer des soirées barbecue ou raclette, et ils peuvent participer à des excursions à vélo».

La pensée économique s’étend jusqu’au règlement de prévoyance: si, jusqu’à récemment, les employés de la Reka pouvaient partir en retraite anticipée dès 62 ans après quinze ans de services, la chose n’est actuellement plus possible. «Pour beaucoup, cela a été très décevant et difficile à accepter», reconnaît Christina Gnädinger. Une consultation téléphonique avait été organisée pour permettre aux employés de s’exprimer. Il y a eu des mots méchants. Mais il n’était pas question pour Christina Gnädinger de revenir en arrière: «C’était une décision sur laquelle je n’avais aucun contrôle et il n’y avait pas d’alternative.»

 

Une volonté de changer

 

Avant la Reka, la vie professionnelle de Christina Gnädinger n’a pas été de tout repos. En 1997, alors qu’elle est tout juste âgée de 26 ans et encore étudiante à la Faculté de psychologie de l’Université de Zurich, elle se voit confier la création du nouveau Centre de recherche sur la toxicomanie et la promotion de la santé du Département des affaires intérieures du canton de Schaffhouse. Elle met sur pied ce service en trois ans – et récolte au passage les compliments des milieux spécialisés. Pourtant, elle décide de changer de carrière parce que les choses ne bougent pas assez à son goût «et qu’il n’y avait pas de possibilités d’avancement au sein de l’administration». Pour elle, la promotion de la santé et la prévention de la toxicomanie en sont aujourd’hui «au même point qu’en 1999». En tant que responsable RH, ces questions lui tiennent toujours à cœur.


C’est une connaissance qui lui signale, en 2000, que l’entreprise Georg Fischer à Schaffhouse recherche quelqu’un pour diriger son département RH. Engagée comme assistante personnelle de Georg Fischer, elle effectue en parallèle une formation de responsable RH et est propulsée au bout de six mois à la tête des ressources humaines d’un département comptant 300 employés. Sa carrière fulgurante connaît un coup d’arrêt en 2003, lorsque Georg Fischer vend trois des quatre divisions confiées à Christina Gnädinger. Le nombre d’employés dont elle s’occupe est ramené à vingt.

 

Elle exerce ensuite en tant que consultante RH chez Propers, puis comme HR Development Manager chez Swisscom (où elle participe à la création d’un Shared Services Center), et en tant que HR Manager & Business Partner chez Deloitte (où elle dirige différents projets RH pour la Suisse). Mais Deloitte Suisse est repris par la succursale anglaise du groupe. «Les projets que je menais au niveau suisse ont été supprimés.» Ne lui restent que des tâches opérationnelles, qu’elle refuse avec grâce.

 

L’année 2010 est marquée par son arrivée aux CFF en tant que responsable du développement des ressources humaines et spécialiste technique. Trois ans plus tard, pour la première fois de sa vie, elle s’autorise une pause: «Jusqu’à mes quarante ans, je n’avais pas connu grand-chose en dehors du travail», confie-t-elle. «J’étais trop concentrée sur mon statut professionnel.» Christina Gnädinger se définit comme quelqu’un d’entreprenant qui ne fait pas les choses à moitié. Le travail l’aiguillonne. Pendant toutes ces années, il n’était pas rare de la voir s’affairer au bureau de six heures du matin jusqu’à onze heures du soir. «Mais on regarde la vie différemment quand on a pris quelques années et qu’on est devenu plus sage.» Une situation stressante sur le plan privé et la disparition prématurée d’une amie de son âge, qu’elle a accompagnée jusqu’au bout, l’ont obligée à reconsidérer sa façon de voir les choses. «Cela m’a appris que tout peut nous échapper très vite.» Le nombre d’heures passées au bureau a diminué. Il arrive que sa journée se termine à 17 heures. Paradoxalement, Christina Gnädinger est devenue plus productive: «Je me concentre sur ce qui est important.» Aujourd’hui est un jour spécial: «Cet après-midi, j’ai pris congé. Je vais m’occuper de mon jardin et planter des fleurs», dit-elle avec un air radieux.

 

Chef de file

Née en 1971 à Schaffhouse, Christina Gnädinger vit une enfance heureuse et se signale dans le quartier comme la «chef de file». Le goût des RH lui vient sans doute de son père, qui s’est hissé au rang de chef du personnel chez Alusuisse. Après avoir étudié la psychologie à l’Université de Zurich, Christina Gnädinger prend les commandes du Centre cantonal schaffhousois de recherche sur la toxicomanie et la promotion de la santé. Son saut dans les RH a lieu quelques années plus tard chez Georg Fischer. Elle devient ensuite consultante RH chez Swisscom, avant d’intégrer Deloitte en 2007 et les CFF en 2010. Parallèlement, elle enseigne à l’école de commerce KVS et à la Haute école d’économie de Schaffhouse. Depuis juin 2016, elle est responsable RH de la Reka.

La Reka en bref

Fondée en 1939 dans le but de permettre aux familles et aux personnes à faibles revenus de bénéficier de vacances gratuites ou très bon marché, la Reka emploie 657 collaborateurs. C’est l’une des entreprises touristiques
les plus importantes de Suisse, avec un chiffre d’affaires de 629 millions de francs en 2016. La Reka exploite douze villages de vacances, onze résidences et un hôtel.

 

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