Conseils pratiques

Avoir ou être, telle est la question!

L'avoir est avare en prise de recul et en introspection, il finit par nous détourner de nos talents, de nos ressources, de nos valeurs, bref de nous-même. À l'inverse, être nous ouvre sur un infini fécond et créateur dans lequel l'émotion devient une ressource qui va nous permettre de mieux nous connaître et exprimer nos besoins.

La quête matérielle nous amène à conjuguer dans un élan de frénésie et de profusion le verbe avoir: il s’agira de la dernière voiture, du dernier portable, de la nouvelle collection de prêt à porter... chacun vivra cet auxiliaire à sa manière. Au travail, il s’agira souvent d’avoir plus de responsabilité, plus de pouvoir, une rémunération plus élevée, un bureau plus grand, une place de parking devant l’entrée, un accès aux soirées VIP (masqué bien sûr)...

Le verbe avoir nous emmène ainsi sur des chemins ou le jugement et la comparaison fleurissent en abondance, et ou notre destination est souvent, très souvent, l’insatisfaction. Ce n’est jamais assez, le verbe avoir entraîne une soif inextinguible ou il y aura toujours quelque chose que notre désir souhaitera acquérir... et paradoxalement le verbe avoir exacerbé nous amène tôt ou tard à une impasse, car des limites se dresseront inévitablement devant nous. Les repousser toujours plus loin nous permettra de constater qu’elles réapparaissent comme par l’enchantement d’un mauvais génie souhaitant interrompre notre tendance à l’accumulation plus ou moins frénétique.

Principe de Peter

En termes de trajectoire professionnelle, c’est le fameux principe de Peter qui veut que nous finissions par occuper un poste qui va au-delà de nos capacités. L’avoir est avare en prise de recul et en introspection, il finit par nous détourner de nos talents, de nos ressources, de nos valeurs, bref de nous-même. C’est un constat que l’on fait souvent lorsque l’on accompagne des personnes en transition de carrière. Elles arrivent, presque toujours, avec le même objectif: avoir un nouveau poste. Et elles découvrent, presque toujours, les bienfaits d’une prise de recul, d’une réflexion sur qui elles sont vraiment, puis quel projet leur correspond pleinement. Jetant ainsi un pont entre leur être profond et les besoins du marché du travail, elles se mettent en mouvement, non plus pour avoir un poste, mais bel et bien pour être au bon endroit au bon moment, et ainsi ouvrir un nouveau chapitre de vie professionnel, qui viendra nourrir leur être en profondeur tout en leur permettant, par ailleurs, d’avoir un salaire pour assurer le nécessaire.

Danse désynchronisée

Dans nos relations, cette pratique grammaticale nous entraînera aussi dans une danse désynchronisée qui ne favorisera pas nécessairement notre capacité à interagir avec nos collègues, nos clients et toutes les autres personnes qui souhaiteraient échanger avec nous: avoir raison, avoir le dessus, avoir la main, avoir le dernier mot... repensons à toutes ces réunions durant lesquelles chacun et chacune semble écouter et, en réalité, prépare l’argument suivant pour avoir raison. Apprendre à être avec les autres pour faire émerger le plus d’options possible et choisir la meilleure semble d’une simplicité enfantine, mobiliser l’intelligence collective est finalement fort simple! Probablement, en prenant soin de choisir le bon auxiliaire, afin de conjuguer les talents au lieu de nourrir les égos.

Avoir reste bien entendu un verbe intéressant et utile à conjuguer, nous en avons besoin pour nous sentir en sécurité et construire notre vie. Il n’est pas du tout question de le supprimer, mais plutôt de savoir trouver un équilibre avec son compère complémentaire, l’auxiliaire être!

Qui suis-je?

Ce dernier nous invite à une toute autre aventure, qui commence par la découverte de la magnifique personne que nous croisons tous les jours devant le miroir: qui est donc cette personne, comment fonctionne-t-elle, de quoi a-t-elle besoin, quels sont ses rêves?

Une fois les présentations faites, nous pouvons alors aller sereinement à la rencontre des autres, nous saurons leur donner notre mode d’emploi et recueillir le leur pour engager rapidement des relations riches et fécondes ou l’être nous permettra à coup sûr de créer les conditions d’un véritable échange et ainsi d’avoir des résultats.

Être soi-même, être présent, être en relation, être conscient de ses modes de fonctionnement, de ses besoins... c’est se reconnecter à la terre pour éviter les surtensions et autres dépressions. Là où circule de l’énergie, une prise de terre semble être salutaire! Et apprendre à canaliser cette énergie va nous permettre de nous réaliser pleinement.

Être nous ouvre sur un infini fécond et créateur dans lequel l’émotion devient une ressource qui va nous permettre de mieux nous connaître et exprimer nos besoins, tout en augmentant notre capacité à comprendre les autres, nous entraînant ainsi dans un processus de synchronisation avec autrui.

Le bon équilibre

Être un leader efficace consiste à faire en sorte que les autres atteignent leurs objectifs. Une bonne équipe ne compte-elle pas sur l’entraide, le partage de connaissances et de compétences? Une atmosphère de sécurité ne permet-elle pas de se donner du feedback en confiance, de reconnaître ses erreurs et d’avancer ensemble? Conjuguer efficacement les auxiliaires avoir et être consiste donc à trouver le bon équilibre, celui qui nous convient, et qui sera probablement différent d’une personne à l’autre: avoir confiance pour oser être soi-même et se délester au maximum des jugements d’autrui, avoir une bonne connaissance de soi pour être capable de vraiment entrer en relation avec les autres.

Cet équilibre impliquera également de poser les bons choix, de poser les bonnes intentions, de réfléchir en profondeur à notre contribution. Par exemple, souhaitons-nous avoir un poste de manager ou être au service d’une équipe? Alors, le moment n’est-il pas propice à une petite révision des basiques de la conjugaison? Avoir quelque chose entraîne mécaniquement le risque de le perdre, serait-ce la raison de notre tendance à en vouloir toujours davantage? Être la personne que nous sommes, au contraire, devient de plus en plus puissant plus on se l’autorise, et cela amène beaucoup d’énergie notamment grâce à l’alignement avec nos valeurs et nos talents... Conjuguer (trop souvent) le verbe avoir, c’est se confronter tôt ou tard à une limite... conjuguer le verbe être, c’est s’ouvrir sur l’infini!

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Après une formation en GRH, Nicolas Quoëx a travaillé 14 ans dans des organisations de tailles et secteurs variés en qualité de responsable des ressources humaines. En 2012, il est devenu indépendant puis a cofondé Skillspotting fin 2014. skillspotting.com

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