Débat

Bientôt un congé menstruel?

Le congé pour une personne menstruée existe déjà au Japon. En Suisse, on commence à évoquer l'éventualité de son introduction. Mais est-ce vraiment nécessaire? Notre débat.

Nena Morf - rédactrice et directrice du Textbüro Konrad Sàrl

Le congé menstruel? Les menstruations n'ont pas plus de rapport avec les vacances que la maternité. Le fait que l'on ajoute un «congé» à ces deux termes témoigne d'une profonde incompréhension des immenses performances du corps féminin – et notamment du potentiel féminin. Que la médecine occidentale soit marquée par le genre et désavantage clairement les femmes n'y est pas étranger. Mais les entreprises tournées vers l'avenir n'engagent pas des robots, mais des hommes. Avec l'avantage de permettre aux travailleurs d'apporter et de développer leurs compétences spécifiques. Chaque métier est différent et la contribution humaine au travail est toujours unique. Il est donc d'autant plus important de comprendre les menstruations dans un contexte global. À ce sujet, parlons brièvement du sport de haut niveau: le Chelsea FC Women est le premier club de football à entraîner ses joueuses en fonction de leur cycle menstruel. Le plan d'entraînement est adapté individuellement à chaque phase du cycle des sportives. La menstruation est la première des quatre phases du cycle menstruel qui sont contrôlées par les hormones. Au cours de la deuxième phase, l'hormone œstrogène, entre autres, donne un puissant coup de fouet: la femme peut arracher des arbres – et sa force de persuasion est extrêmement convaincante. Il pourrait être intéressant pour les entreprises d'utiliser cette énergie débordante de manière ciblée. Avec l'ovulation, au cours de la troisième phase du cycle, et l'augmentation de l'hormone progestérone au cours de la quatrième phase, les capacités empathiques deviennent centrales: le corps se prépare à une éventuelle grossesse, l'homme agit en équipe et de manière coopérative. Ce ne sont pas de mauvaises conditions pour une collaboration rapide et un suivi des clients. Si la grossesse n'a pas eu lieu, les menstruations repartent dans la première phase du cycle. Pour beaucoup, c'est le moment des douleurs: selon John Guillebaud, professeur à l'University College de Londres, elles sont «presque aussi graves qu'une crise cardiaque». Une raison suffisante pour faire une pause – sachant que les entrepreneurs avisés savent à quel point la régénération est importante pour la performance. Pendant les règles, le corps connaît un creux hormonal, l'esprit est clair et vif comme un rasoir: c'est aussi le moment de faire preuve de vision stratégique. Les entreprises qui comprennent les avantages d’adapter les rythmes de travail au cycle plutôt que de donner des congés menstruels absurdes en profiteront. Elles encouragent le plein potentiel de leurs collaborateurs – notamment en profitant de ce temps précieux pour se régénérer.

Nicolas Facincani - avocat, Voillat Facincani Sutter + Partner

L'Espagne veut introduire le congé menstruel, il existe déjà au Japon. En Suisse, on en discute (encore). Un congé menstruel doit permettre aux femmes de rester à la maison en cas de fortes douleurs menstruelles. D'autres solutions visent à donner aux femmes entre trois et cinq jours de congé supplémentaires chaque mois. À l'étranger, on connaît également des dispositions contractuelles d'employeurs qui prévoient un congé menstruel pour les employées, ce qui est censé leur conférer un avantage concurrentiel auprès des candidats à un emploi. Le droit suisse ne prévoit pas de congé menstruel. Les travailleuses en incapacité de travail en raison de troubles menstruels ne sont pas tenues de travailler, comme en cas de maladie, et reçoivent leur salaire pour une période limitée. Le système actuel présente toutefois certaines faiblesses pour les travailleuses concernées. En principe, une travailleuse qui veut invoquer une incapacité de travail doit en apporter la preuve dès le premier moment de l'incapacité de travail. L'employeur pourrait remettre en question l'incapacité de travail et exiger immédiatement un certificat médical. Cela pourrait à son tour entraîner une (trop) grande charge pour la travailleuse concernée. De plus, la durée de l'obligation de payer le salaire est limitée par année de service. Pour l'ensemble des incapacités de travail, celle-ci est de trois semaines au cours de la première année de service, et d'une durée raisonnablement plus longue pour les années de service suivantes (échelles de Zurich, Berne et Bâle). Une absence due à une incapacité de travail n'est toutefois indemnisée que si le contrat de travail a duré plus de trois mois ou a été conclu pour plus de trois mois. En l'absence d'une solution d'assurance ou d'une solution contractuelle plus généreuse, il n'est donc pas garanti que l'absence liée aux menstruations soit effectivement indemnisée. Ces derniers temps, le Code des obligations a déjà été complété par différents congés. Ainsi, le congé de paternité et le congé d'assistance ont été introduits. Par ailleurs, les dispositions relatives au congé de maternité ont été étendues. Un congé d'adoption a été introduit. Il serait donc dans l'air du temps d'introduire également un congé menstruel spécial. Bien que cela puisse tout à fait soulager les personnes concernées, il conviendrait d'en rédiger soigneusement les modalités afin que le congé menstruel ne porte pas préjudice aux candidates à un emploi ou ne conduise pas à une stigmatisation des travailleuses.

Martin Geisenhainer - propriétaire de Participation Rocks

Le fait que nous nous occupions de la gestion des menstruations et de la pénibilité qui en découle pour les femmes est juste et attendu depuis longtemps. Après tout, la moitié de l'humanité a ses règles tous les mois. Le sujet serait omniprésent et formellement bien réglé si l'autre moitié de l'humanité était confrontée aux règles. Un débat public est un premier pas nécessaire pour permettre au sujet d’exister dans le débat public. La proposition de résoudre ce problème par un congé menstruel me semble peu judicieuse pour plusieurs raisons. D'une part, les vacances sonnent comme un moment de détente et de repos et, dans ce contexte, elles me semblent plutôt cyniques. D'autre part, nous risquons de tomber dans un débat stérile de jalousies. On pourrait imaginer que les hommes défavorisés commencent à se plaindre du temps de vie qu’ils perdent en se rasant... Les conséquences sur le marché du travail me semblent toutefois plus problématiques. Si les femmes ont besoin de plus de congés que les hommes, cela signifie qu'elles sont moins résistantes ou qu'elles ont besoin d'une plus longue période de repos, ce qui aurait certainement un impact sur les carrières des femmes. Mais il est tout aussi probable que cette question devienne un piège pour les femmes dès l’étape de la candidature. Les organisations peuvent-elles choisir entre plus ou moins de jours de congé payés – devinez quoi? De mon point de vue, le sujet doit être abordé dans un contexte plus large. À savoir dans l'approche de l'auto-organisation. L'approche médiévale du «command and control», un modèle où seul le présentiel est synonyme de productivité, prive les travailleurs, quelle que soit leur identité sexuelle, de la possibilité de décider quand ils sont en pleine possession de leurs moyens et donc en mesure de se concentrer et d'être productifs. Un manque d'équilibre mental ou un malaise physique font qu'il est difficile d'apporter une contribution valable. Cessons donc de concevoir l'organisation du travail avec des recettes et des concepts dépassés.

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Texte: Nena Morf

Nena Morf est rédactrice et directrice du Textbüro Konrad Sàrl.

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Nicolas Facincani est avocat chez Voillat Facincani Sutter + Partner

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