Comment préserver sa motivation au travail à l'ère de l'IA
Des études révèlent des signes de démotivation et un sentiment d'incompétence quand un employé délègue certaines tâches à l'intelligence artificielle. Voici quelques pistes pour maintenir la satisfaction au travail élevée tout en profitant des avantages de l'IA.

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Si on parle d’intelligence artificielle et de motivation, on pense généralement à la question du changement et à la réticence des collaborateurs à adopter une technologie menaçant de les remplacer. Mais, plus discrètement, employer des outils IA affecte notre motivation. L’IA modifie notre rapport au travail, la façon dont nous le vivons, notre plaisir à la tâche, notre sentiment d’accomplissement, la manière dont nos efforts sont reconnus. Or cette motivation n’est pas qu’un surcroît d’énergie, elle est le moteur même de notre performance et de notre productivité. Alors que les entreprises misent sur l’IA pour accroître la productivité de leurs équipes, elles ne sauraient négliger la manière dont cette technologie impacte leur désir de faire.
Quand l’IA change le rapport au travail
Travailler avec une IA, c’est un peu comme disposer d’un collègue hyper-compétent, toujours disponible, jamais fatigué. L’expérience est grisante: on gagne du temps, les résultats sont meilleurs, les idées s’enchaînent. Mais, à force de lui déléguer une part grandissante de nos tâches, revenir à un travail «à la main» peut soudain sembler pénible. Des études le montrent: après avoir utilisé une IA, on se sent moins motivé à accomplir ensuite une tâche sans aide, comme si le plaisir de faire s’était émoussé.
En allégeant l’effort, l’assistance de l’IA rogne aussi sur la satisfaction qu’on tire de l’effort lui-même. Notre plaisir cognitif est en quelque sorte anesthésié. L’IA nous libère des aspects les plus difficiles de notre travail, qui sont pourtant ceux qui nourrissent notre motivation. On savait que cette technologie pouvait diminuer certaines de nos capacités, on découvre qu’elle agit aussi sur notre envie de les mobiliser.
À cela s’ajoute un autre phénomène, plus insidieux encore: la confusion autour du mérite. Quand un rapport, un diagnostic ou un texte ont été produits «avec l’IA», à qui faut-il en attribuer le mérite? Qui y a le plus contribué, l’humain ou la machine? Comme lorsqu’on invite des amis à dîner à la maison et qu’on a fait livrer le repas par un traiteur: aussi délicieuses soient les préparations et aussi ravis que soient nos amis, on n’en retire pas la même fierté. On ne sait pas trop ce qu’on peut revendiquer comme sien dans ce succès.
Cette opacité affecte le regard que nous jetons sur notre travail, mais aussi celui de nos collègues. Dans certaines équipes, utiliser l’IA expose à un soupçon d’incompétence: «S’il s’est fait aider de l’IA, rien n’indique qu’il en aurait été capable tout seul.» Des études récentes montrent que, dans des professions intellectuellement exigeantes, les utilisateurs d’IA sont jugés moins compétents, même lorsque leur travail est irréprochable. Sans compter que ces jugements frappent en premier lieu ceux qui sont déjà exposés à des préjugés, comme les femmes et les seniors. Résultat, certains se privent de l’outil pour éviter un discrédit démotivant.
Soigner la motivation dans le travail augmenté
Préserver la motivation à l’ère de l’IA, ce n’est pas s’opposer à la machine, mais tenir compte de la façon singulière dont elle modifie notre rapport au travail. Comment dès lors apprendre et œuvrer à ce que le travail avec l’IA soit source de motivation?
D’abord en veillant à maintenir des zones d’effort autonome pour soi-même et pour les équipes. Alterner tâches assistées et non assistées préserve les capacités cognitives, le sens de l’effort et le sentiment d’avoir réellement accompli quelque chose.
Ensuite, en développant la conscience réflexive des collaborateurs sur ce qu’ils délèguent et ce qu’ils font eux-mêmes pour mieux en décider. Cette compétence est plus cruciale que jamais, si l’on entend ne pas dissoudre les talents dans l’automatisation.
Enfin, en rendant visible la contribution humaine dans le travail assisté. Sortir du simple «fait avec IA ou sans IA», et reconnaître la diversité des degrés d’intervention. Redonner à chacun la mesure de ce qu’il fait, voilà la condition pour que le travail soit épanouissant et productif.