Employabilité et groupes à risque: stratégies dans le contexte de l'IA et de la pénurie de talents
Nous parlons beaucoup d'intelligence artificielle et de pénurie de talents. Mais une autre réalité progresse : la fragilisation de certains profils.

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Dans nos accompagnements, nous observons une tension croissante. Des professionnels qualifiés, parfois expérimentés, deviennent vulnérables plus rapidement qu’avant. Non pas faute de compétence, mais faute d’alignement avec un marché qui change brutalement. Et cela doit nous interroger collectivement, car tous les profils ne sont pas exposés de la même manière: jeunes diplômés, expatriés licenciés, personnes fragilisées psychiquement ou travailleurs expérimentés.
C’est dans ce contexte qu’Alixio lance, avec HR Today, une étude nationale sur l’employabilité et les groupes à risque. L’employabilité n’est plus seulement la capacité à retrouver un poste. C’est la capacité à rester pertinent, mobile et en santé dans un environnement instable. Elle suppose compétences, agilité, lucidité stratégique et résilience. La vraie question est simple: les entreprises considèrent-elles l’employabilité comme une responsabilité partagée ou comme un enjeu individuel? Notre étude vise à clarifier:
Quels risques identifiez-vous?
Quels groupes vous préoccupent?
Quels dispositifs sont réellement en place?
Et surtout: qu’est-ce qui fonctionne? Les résultats consolidés seront publiés en octobre.
Les moteurs du changement
L’IA automatise des tâches analytiques, rédactionnelles et décisionnelles. Elle touche les fonctions support, le marketing, le service client. Les postes juniors sont parfois les premiers impactés. Les tensions géopolitiques exercent une pression accrue sur l’économie exportatrice suisse. Réorganisations, arbitrages, reconfiguration des chaînes d’approvisionnement: les entreprises doivent gagner en flexibilité et revoir rapidement leurs priorités.
Enfin, la démographie agit comme une lame de fond. Depuis 2020, davantage de personnes quittent le marché du travail qu’il n’en entre. L’écart atteint déjà 25’000 personnes par an et pourrait dépasser 30’000 d’ici 2030. La pénurie va s’installer durablement. Dans ce contexte, chaque sortie du marché du travail compte. Chaque perte se paie en performance, en énergie et en temps.
Les groupes à risque concernés
Les jeunes diplômés font face à un marché plus exigeant. Leur savoir encore théorique peut être partiellement substitué par l’IA s’il n’est pas rapidement consolidé par l’expérience terrain. Le potentiel est réel, mais la transition vers la pleine employabilité devient plus fragile.
Les expatriés licenciés disposent souvent de réseaux limités et d’une connaissance incomplète du marché suisse. Sans stratégie rapide, leur repositionnement devient complexe et les fenêtres d’opportunité se referment vite. Le défi n’est pas la compétence, mais l’intégration rapide dans les dynamiques locales.
La santé psychique constitue un facteur déterminant d’employabilité. Les absences de longue durée augmentent. Les entreprises sont-elles suffisamment outillées pour prévenir plutôt que réparer?
Les travailleurs de 55 ans et plus restent engagés et compétents. En cas de rupture professionnelle, leur repositionnement est plus long et plus incertain. L’expérience est reconnue dans le discours, moins dans les décisions de recrutement. Cet écart a un coût humain et organisationnel.
Défis pour les entreprises
Ces groupes représentent une part significative de la population active. L’enjeu ne concerne pas une minorité, mais le cœur de notre capital humain. L’employabilité est-elle traitée comme un investissement stratégique ou comme une variable d’ajustement? Les dispositifs d’upskilling, de développement des compétences et de prévention santé sont-ils réellement alignés avec les risques identifiés? Dans cinq ans, votre organisation pourra-t-elle dire qu’elle a su protéger et développer l’employabilité de ses talents ou constatera-t-elle qu’elle a réagi trop tard? Votre participation est essentielle pour disposer d’une photographie fidèle des pratiques en Suisse et nourrir des actions éclairées. L’enquête sera lancée fin mars. Suivez le projet sur research.hrtoday.ch et dans HR Today.