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Entreprises de location de services: victimes et vecteurs de la préférence indigène light

Nous y sommes presque. L’initiative populaire «Contre l’immigration de masse» est un projet de loi, et l’ordonnance a été mise en consultation. L’entrée en vigueur est prévue pour le 1er janvier 2018. Avec la préférence indigène light, le parlement a opté pour une variante qui préserve la libre circulation des personnes et les accords bilatéraux. De plus, il s’est efforcé de limiter les interventions dans les affaires des entreprises. Un objectif qu’il a atteint, du moins en partie.
 

Heureusement, les employeurs n’auront pas la hantise des contingents ni l’obligation laborieuse de prouver le manque de candidats indigènes pour certains emplois. C’est une bonne nouvelle. Fait moins réjouissant: les entreprises doivent déclarer leurs postes vacants aux ORP. Cela augmente le volume de travail administratif. Plus l’entreprise et ses fluctuations de personnel sont importantes, plus le travail supplémentaire s’accroît.

L’obligation de déclarer les postes vacants n’est pas difficile à remplir. Le problème, c’est que son format actuel empêche les employeurs de choisir où et comment ils publieront leurs emplois à pourvoir. Ils doivent d’abord signaler leurs postes disponibles à l’ORP, puis respecter un embargo avant d’exploiter la totalité de leurs canaux d’information. Cette restriction se révèle problématique lorsqu’il s’agit de pourvoir des postes rapidement

Location de services particulièrement touchée

Les entreprises de location de services sont donc particulièrement touchées par la préférence indigène light. Chaque année, elles concluent 317’000 nouveaux contrats de travail. Ces emplois sont pourvus en quelques heures (!) ou en quelques jours. Dans de telles circonstances, l’obligation de signaler les postes vacants et de respecter un embargo empêche les employeurs de faire concorder efficacement les offres et les demandeurs d’emploi.

Les prestataires de services de personnel sont très bien placés pour garantir le succès de la préférence indigène light. Le placement est leur cœur de métier. L’adéquation des qualifications et des exigences est leur travail quotidien. Aider un candidat à remplir un poste qu’il n’aurait pas trouvé lui-même est inscrit à leur répertoire. Différentes études le prouvent (1) et soulignent que le travail temporaire joue un rôle de passerelle sur le marché de l’emploi.

Les offices du travail et leurs ORP – qui collaborent depuis de nombreuses années avec les entreprises privées de location de services – le savent aussi. Ce n’est pas un hasard si les prestataires de services de personnel peuvent consulter librement la banque de données des ORP. Grâce à cela, les prestataires apportent un soutien efficace et peuvent rapidement réinsérer les demandeurs d’emploi sur le marché du travail.

L’obligation de déclarer les postes vacants exige une coopération encore plus intensive. Les ORP devront assumer une lourde mission. Le nombre d’emplois pour lesquels ils sont tenus, en l’espace de trois jours, de proposer des candidats adéquats, sera nettement plus élevé qu’aujourd’hui. Sans compter leurs autres responsabilités importantes, telles que la formation continue, le conseil et le contrôle.

Des systèmes compatibles

Pour que la préférence indigène soit digne de son nom, les demandeurs d’emploi autochtones doivent être certains de trouver un travail adéquat dans un délai utile. Il faut donc tenir compte de tous les moyens susceptibles de faciliter cette tâche. Les entreprises de location de services, grâce à leur savoir-faire et à leurs systèmes d’adéquation, peuvent jouer un rôle essentiel.

Pour une synergie fructueuse entre les ORP et les prestataires de services de personnel, les systèmes des ORP devront être constamment améliorés et devenir compatibles avec les méthodes des entreprises de location de services. Il est essentiel que les prestataires de services de personnel accèdent à un maximum d’informations sur les candidats en quête d’un emploi ainsi que sur les postes qui ont été déclarés. C’est le seul moyen de réussir une adéquation optimale et favorable aux indigènes.

(1) Sources:

Swissstaffing: étude d’actualisation «Le travail temporaire en Suisse»

Ciett: More work opportunities for more people

Katrin Vitols et al.: The Role of Temporary Agency Work and Labour Market Transitions in Europe: Institutional frameworks, empirical evidence, good practice and the impact of social dialogue

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Myra Fischer-Rosinger est la directrice de swissstaffing, l'Union suisse des services de l'emploi. Après des études à l'Université de Zurich, elle a exercé en tant que conseillère politique, notamment auprès d'Avenir Suisse et Reichert Consulting.

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