Débat

Faut-il accorder un jour de congé lors du décès d’un animal de compagnie?

Le conseil général de la Ville de Berne va bientôt discuter d’un postulat qui autoriserait d’inhumer les animaux de compagnie avec leur maître. Selon un sondage mené au Royaume-Uni, 50% des sondés souhaiteraient prendre un jour de congé lors du décès de leur chien ou chat. Exagèrent-t-ils?

 

Pour: Konrad Rietmann

 

Je l’avoue: le sujet peut prêter à sourire. Il y a quelques années, personne n’aurait pris au sérieux cette idée de prendre un jour de congé pour s’occuper d’un animal de compagnie malade ou lors de son décès. Pour mémoire, le statut juridique des animaux s’est considérablement amélioré depuis le 1er avril 2003. Selon l’article 641 a (al.1) du Code civil suisse, «les animaux ne sont pas des choses».

Au même moment, l’importance des animaux en Suisse s’est modifiée. Le marché des aliments pour animaux de compagnie et leurs accessoires est en plein boom. En 2015 par exemple, les Suisses ont dépensé 600 millions de francs pour leurs animaux de compagnie. Il existe désormais des cimetières, des annonces mortuaires ou même des landaus pour chiens et chats.

Les efforts consentis par les Suisses pour améliorer l’existence de leurs animaux de compagnie semblent sans limite. Souvent, ces animaux font partie intégrante de la famille et sont parfois considérés – volontairement ou non – comme des enfants de remplacement.

Qu’en est-il au niveau légal? Celui ou celle qui doit se rendre chez le médecin a droit à prendre un congé. Les parents qui doivent soigner leurs enfants ont droit à trois jours de congé. Le cas des collaborateurs qui rendent visite à des proches hospitalisés n’est pas clair; les tribunaux sont en général assez cléments dans ce type de situation.

Mais il n’est pas encore question d’animaux. Cela dit: l’entreprise n’a rien à gagner de voir ses collaborateurs stressés au travail car ils n’ont pas le droit d’amener leur animal chez le vétérinaire.

Imaginons aussi le cas d’un employé en deuil à cause du décès de son chien qui plomberait le moral de toute l’équipe. Je ne plaide pas ici pour des congés-payés, ni pour une nouvelle loi – j’appelle plutôt à l’empathie des managers et des directions.

A l’ère de l’Employer Branding, les entreprises doivent avoir un positionnement attractif et être en mesure d’attirer les talents. Cela inclut une prise en compte des besoins émotionnels des collaborateurs et le respect de leurs sentiments pour les animaux de compagnie. Les entreprises devraient par conséquent accorder le temps nécessaire afin de permettre le soin de ces nouveaux membres d’une famille. Et c’est dans leur propre intérêt d’accepter la nouvelle place qu’ont pris les animaux de compagnie dans notre société.

Contre: Monika Bütikofer

 

Les pratiques autour de la détention d’animaux ont considérablement changé ces dernières années. Un animal est devenu un membre de la famille et a ainsi obtenu une voix et une influence dans la conduite des affaires domestiques. Cette évolution est encore plus marquée quand les propriétaires habillent leurs animaux de compagnie ou les couvrent de bijoux pour obtenir des likes sur les réseaux sociaux. Cela manque parfois de bon sens.

Certaines personnes s’engagent également pour sauver de la maltraitance les animaux –souvent des chiens – dans des pays pauvres (la Roumanie par exemple) et tentent de les faire venir en Suisse. Le problème dans ce cas, c’est que ces chiens ne sont pas toujours en bonne santé ou n’ont pas été socialisés, et il faut parfois les endormir.

On pourra peut-être m’accuser d’être dure ou brutale, mais j’estime que c’est important de bien réfléchir si un animal malade doit être maintenu en vie à n’importe quel prix. Dans la nature, un animal malade ne survit pas. Pourquoi devrait-on donc soigner un animal gravement atteint dans sa santé? Parce que les êtres humains n’arrivent pas à lâcher prise et parce qu’ils ont suffisamment d’argent pour financer ces opérations. Finalement, mon avis sur la question ne compte pas vraiment.

Comment comprendre un collaborateur qui souhaite prendre un congé-payé pour s’occuper de son animal malade ou pour pouvoir faire le deuil en cas de décès? Au fond, un employeur attend de son employé une prestation en échange d’un contrat de travail. Une prestation délivrée dans les délais, et non des absences, même annoncées à l’avance.

Si on commence à accorder des jours de congé pour l’ensevelissement des animaux de compagnie, on devra bientôt en accorder pour toutes sortes de rituels. Et que dire du deuil de votre (premier) grand amour? Faut-il accepter que les enfants n’aillent plus à l’école le jour où ils perdront une dent de lait (puisqu’il faudra les enterrer avec la petite fée)?

C’est tout à fait compréhensible qu’une personne soit triste si son animal de compagnie tombe malade ou décède. Cela va laisser un trou dans sa vie. Je suis par contre clairement contre l’obtention d’un jour de congé. Dans ces situations, la personne devrait prendre un jour de vacance ou compenser son absence. C’est le traitement équitable de tous les collaborateurs qui doit primer ici.

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Konrad Rietmann a tenu différents postes de management RH dans des grandes entreprises nationales et internationales, surtout dans la formation et le développement. Docteur en Business et Management, il s’accorde actuellement un congé sabbatique.

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Monika Bütikofer est Senior HR Manager chez Webhelp Suisse SA.

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