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Les DRH français dans la tourmente

La crise sanitaire a lourdement impacté bon nombre de professions bénéficiant d’une grande visibilité. Nous savons également que les entreprises, frappées elles-aussi depuis maintenant deux ans, se battent, s’adaptent, développent de nouvelles stratégies pour traverser cette crise. Au sein de ces organisations, qu’en est-il des DRH et de la très discrète fonction RH?

Le baromètre Tissot «les DRH au quotidien» révélait début 2021 que 90% des DRH français étaient au bord de l’épuisement. En février 2021, Benoît Serre, Vice-Président de l’Association Française des DRH (ANDRH), devenu DRH de L’Oréal France depuis, déclarait: «Je suis cuit. Nous sommes tous cuits». Une année s’est écoulée. La situation s’est évidemment détériorée pour plonger les DRH dans une tourmente dont l’issue n’est pas encore en vue.

Les nouveaux sujets stratégiques auxquels les DRH doivent faire face dans l’urgence tels que le déploiement des mesures de prévention sanitaire, l’accompagnement du management, le développement de nouvelles organisations du travail (avec des directives gouvernementales fluctuant en fonction de l’actualité sanitaire) s’ajoutent, sans moyen humain supplémentaire, aux missions traditionnelles déjà très larges.

Les témoignages de DRH français que nous avons pu recueillir fin 2021 mettent l’accent sur une fatigue psychique, un épuisement physique, une perte de sens et d’envie. Et pourtant, ils restent surengagés, exemplaires, et continuent d’incarner les valeurs de l’entreprise, les bons comportements à adopter. À l’écoute de tous les autres, sponsors inconditionnels des décisions de la direction générale, ils ne laissent rien paraître de leur désarroi et tentent, dans la plus grande discrétion, de s’autoréguler. Quel temps peuvent-ils réellement prendre pour eux-mêmes? Focalisés sur le développement des compétences des autres, architectes de programmes de développement personnel pour leurs alter egos du Codir ou Comex, s’autorisent-ils à en bénéficier? La réponse est majoritairement négative.

Il s’agit pour ces dirigeants de la fonction RH d’enfin prendre le temps de penser à eux, d’approfondir leur connaissance de soi, de faire un point d’étape sur leurs talents, leur savoir-faire, leur savoir-être, la maîtrise de leurs émotions, de s’assurer d’être toujours en phase avec leurs valeurs et le sens qu’ils donnent à leur engagement professionnel.

Il s’agit d’une réelle prise de conscience d’une situation devenue «inhumaine» pour ceux qui sont les garants de l’«humain». Cette prise de conscience doit avant tout être partagée par la direction générale et les autres membres de l’équipe de direction. Un soutien et une bienveillance mutuels pour réparer les dégâts causés depuis deux ans et se projeter avec sérénité dans un avenir encore incertain où de nouveaux enjeux émergent déjà et, en particulier, celui de la remobilisation et de l’engagement des managers et de leurs équipes et la construction d’un nouveau cadre de bien-être au travail.

Au-delà de la cohésion et de l’empathie au sein de l’équipe dirigeante, ce sont aussi de nouvelles répartitions des missions au sein de l’entreprise, jusqu’alors assumées par les DRH, qui peuvent alléger leurs agendas débordants.

Les accompagnements extérieurs (coachings individuels, groupes interentreprises de codéveloppement, supervision collective) sont également une réponse efficace que les DRH ne s’autorisent pas encore.

La fonction RH est le cœur de l’entreprise. Faisons tout ce qu’il faut pour qu’une prise de conscience partagée et des actions concrètes soient menées pour rendre aux femmes et aux hommes DRH de nos entreprises sérénité et plaisir au quotidien!

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Jacques-François Fournols est Exécutive Coach HEC et Superviseur, conférencier et fondateur du cabinet de coaching HESPERUM (https://hesperum.fr). Il accompagne des dirigeants et des managers en Suisse et en France.

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