Espace de travail

Viens chez moi, je travaille dans un open space

Aménager l’espace de travail de façon à stimuler la performance tout en faisant des économies de loyer: c’était l’espoir porté par le concept de l’open space. Avec le recul, le bilan est nuancé.

Ils doivent sûrement se retourner dans leurs tombes: les consultants allemands qui ont inventé l’open space dans les années 50, les frères Eberhard et Wolfgang Schnelle, n’ont jamais voulu que leur idée d’espaces de travail généreux et décorés de belles plantes vertes soit convertie en ces opprimants bureaux ouverts où tout le monde se sent épié dans un brouhaha continu. Eux avaient rêvé d’ouverture, d’espace, de confort.
 
On raconte aussi que sur son lit de mort, Robert Propst, l’inventeur du bureau à cloisons, aurait renié sa trouvaille (également appelé cubicle) en réalisant qu’elle avait été récupérée – tout comme celle des frères Schnelle – pour être utilisée par des directions d’entreprise dans le seul but de gagner de la place, et donc de l’argent. «Le principal avantage des bureaux ouverts est d’ordre économique», admet-ton chez John Lang Lasalle (JLL), entreprise de conseil en immobilier d’entreprise. Il s’agit d’un concept qui permet «d’augmenter le coefficient d’occupation des locaux et, par là même, de réduire le coût immobilier de chaque salarié.»
 
Ces quelques inventeurs ne sont pas les seuls à avoir éprouvé une sorte de regret ou de déception. «Nous avons beaucoup œuvré pour la création d’espaces collaboratifs, mais pas en faveur d’immenses bureaux dépourvus de séparations», déclare Catherine Gall, chercheuse pour le leader mondial de meubles de bureau Steelcase, dans l’édition du 31 octobre dernier de la revue française Usine Nouvelle. «Dans la pratique, la réduction des espaces privatifs a visiblement été poussée trop loin. Ce que nos recherches ont démontré, c’est que l’intensité du travail varie beaucoup au cours de la journée et que les collaborateurs ont besoin de pouvoir s’extraire et s’isoler par moments. Ce besoin d’intimité est vital et directement lié à la performance. Lorsqu’il n’est pas respecté, l’engagement des salariés décroît.
 

Manque d’intimité, impression d’être surveillé, bruit de fond

Avec le temps, les bureaux ouverts ont révélé leurs éventuels effets indésirables: le manque d’intimité, l’impression d’être constamment surveillé et un bruit de fond qui gêne, voire empêche la concentration, pour l’essentiel. Publié en 2008 aux Editions Hachette, le best-seller «L’open space m’a tué» donne un aperçu de l’enfer que peuvent vivre les personnes qui travaillent dans une promiscuité mal vécue. Commérages, espionnite et sentiment d’être serrés comme des sardines sont leur lot quotidien. En moyenne, les travailleurs en open space sont interrompus toutes les onze minutes par un collègue, d’après le coach et consultant de renommée internationale David Rock, auteur de l’ouvrage «Le cerveau au bureau», publié en 2012 chez Interéditions. Or, toujours selon David Rock, il faut à un individu normal un peu plus de vingt minutes pour se recentrer ensuite pleinement sur son travail. «Plus le nombre de travailleurs est élevé dans une pièce, plus le niveau de stress augmente», a constaté Sibylla Amstutz, responsable de projet au Centre de compétence typologie et planification en architecture de la Haute Ecole de Lucerne.
 
L’incapacité à «avoir la paix» peut toutefois s’avérer profitable en termes de productivité. Ce serait le cas dans les agences de presse, par exemple: le fait de pouvoir s’entre-parler à tout moment est utile aux journalistes, car cela leur permet de ne pas rester bloqués sur une difficulté en cours de rédaction d’une dépêche urgente. A l’autre extrême, on imagine mal des assistants sociaux recevoir leurs clients dans un local où il est impossible d’avoir un peu d’intimité. Le type de tâches effectuées s’avère donc déterminant.
 
Le contrôle social, c’est-à-dire l’observation mutuelle, produit également des effets contrastés ou tout au moins contestés. Dans son édition du 31 décembre dernier, la revue française de santé au travail CAMIP.info affirme que cette auto-surveillance «ne rend pas le personnel plus performant». En
revanche, elle aurait tendance à l’inciter à «inventer des comportements stratégiques visant à crypter ce qui est perceptible». En d’autres termes, les employés trouvent des trucs pour faire semblant de travailler.
 

Les remèdes pour lutter contre les nuisanes sonores

La question des nuisances sonores est tout aussi délicate. Il semble en tout cas que ce soit devenu un réel problème: selon différents sondages récents, près de la moitié des travailleurs en open space se disent importunés par le bruit ambiant. Leur taux de satisfaction serait inférieur de 30 pour cent à celui des salariés qui disposent d’un bureau individuel. D’une manière un tantinet ironique, c’est aux fournisseurs de bureaux ouverts qu’échoit la tâche – lucrative – de trouver des solutions aux problèmes générés par ces mêmes bureaux. Ces remèdes prennent la forme de casques antibruit, de cloisons phoniques, de filtres écran (pour empêcher les badauds de lire derrière votre dos le texte que vous êtes en train de taper sur votre clavier), ou encore de... rétroviseurs pour ordinateur.
 
Malgré ces quelques avatars, les bureaux ouverts sont progressivement devenus le modèle dominant de l’organisation de l’espace de travail. Ils représentent actuellement l’environnement quotidien de plus de 50 pour cent des salariés – en fonction des sondages, les chiffres varient de 55 pour cent à 63 pour cent. Environ 40 pour cent des personnes interrogées déclarent encore posséder un bureau individuel. D’où une tendance à la diminution de la surface moyenne des postes de travail. En l’espace de quatre décennies, celle-ci est passée de 25 m2 à tout juste 15 m2. Cependant, les bureaux ouverts sont en train d’évoluer sous l’influence de la nomadisation des travailleurs. Concrètement, de plus en plus d’entreprises ont aménagé ou projettent d’aménager des locaux séparés, spécialement dévolus aux vidéo-conférences. C’est le «retour des cloisons», selon l’expression de Steelcase, leader mondial du mobilier de bureau.
 
Le «hiving», nouveau trend avec canapés, cafétérias et écrans plasma
Le nouveau trend s’appellerait «hiving» (ruche, en français). Il serait la suite logique du cocooning qui invitait à se pelotonner à la maison. A présent, il s’agit d’avoir l’impression d’être chez soi tout en étant à l’extérieur. Voilà justement ce qui serait en train de se passer dans le monde du travail, selon Etmos: «De nombreuses entreprises ont décidé d’installer au sein même de leurs locaux des espaces confortables pour que les salariés se sentent comme chez eux. D’où l’apparition de canapés, cafétérias ou écrans plasma dans le hall. A présent, ce mobilier familier a trouvé sa place et sa légitimité à l’intérieur des entreprises.» Pour la revue française en ligne marketing-professionnel.fr, «l’essentiel n’est plus de savoir quel est l’endroit le plus propice au travail, mais de faire en sorte que chacun se sente chez soi n’importe où.»
 
Certains observateurs comparent cette nouvelle conception de l’espace de travail à la façon dont on compose les trains, avec un wagon réservé aux familles, un wagon-restaurant et un compartiment silencieux, par exemple. A l’origine de cette évolution, on trouve l’idée que les collaborateurs sont plus productifs lorsqu’ils ont l’impression d’être chez eux. Ce qui, pour Etmos, soulève la question suivante: «S’ils travaillent mieux dans un environnement qui leur rappelle la maison, n’est-ce pas la fin du travail en entreprise?»
 

 

L’open space, quel effet sur la santé?

Disons-le d’emblée: il existe peu d’études sur l’impact des bureaux ouverts sur la santé des collaborateurs. Citons le rapport publié en 2014 par Promotion Santé Suisse, «Environnement de bureaux favorables à la santé». Selon ce document, la plupart des entreprises ne «considèrent pas encore la santé comme un thème prioritaire» et ne sont en conséquence «pas très actives» en termes de prévention. L’idée selon laquelle la santé relève de la responsabilité individuelle est privilégiée.
 
Les architectes et les designers, en revanche, s’occupent beaucoup de cette question et proposent toutes sortes de solutions. Par exemple des «silent rooms» adjacentes, sortes de cabines pouvant être fermées à clé et renfermant un siège médical pour la détente. Le «biophilic design» permet d’intégrer des matériaux naturels dans les bureaux. Mais là encore, l’idée qui prévaut c’est que «le calme et la détente, c’est pour la maison». L’ergonomie reste donc «un point faible» dans de nombreux bureaux, selon le rapport.
 
Les rares études disponibles tendent à démontrer que la satisfaction des collaborateurs est meilleure lorsqu’ils possèdent leur propre bureau. Mais les résultats sont parfois contradictoires et souvent controversés. Certains estiment par exemple que l’on sous-estime la capacité naturelle des individus à ne pas faire attention aux stimuli parasites.

 

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Dieses Dossier basiert auf dem französischsprachigen HRM-Dossier Nr. 53 mit dem Titel «Troubles psychiques au travail: comment l’AI peut aider les RH».
Das Dossier Nr. 53 wurde unter der Leitung von Francesca Sacco realisiert, unter Mitarbeit von Jean-Didier Bandollier, Jean-David Curchod und Vanessa Hamelin vom Kantonalen Sozialversicherungsamt Genf (Office Cantonal des Assurances Sociales, OCAS). Ein Beitrag stammt von Niklas Baer, Leiter von WorkMed, ein Kompetenzzentrum der Psychiatrie Baselland.
Jean-Didier Bandollier ist verantwortlich für die berufliche (Wieder-) Eingliederung und für die Beziehungen zu Arbeitgebern und Sozialpartnern. Er trug zur Umsetzung der Genfer Vereinbarung für das Baugewerbe bei, die auf die (Re-) Integration von Arbeitern mit gesundheitlichen Problemen abzielt. Jean-David Curchod ist Kommunikationsverantwortlicher bei OCAS. Er hat einen Master of Arts und einen DAS in digitaler Kommunikation. Er leitet eine Kommunikationskampagne, die sich an Arbeitgeber richtet, um das Bewusstsein für IV-Leistungen und das Prinzip der beruflichen Integration zu stärken. Vanessa Hamelin ist Psychologin und Eingliederungsberaterin bei OCAS. Sie hat einen Master-Abschluss in Psychologie (klinische und soziale Ansätze) und einen DAS in kognitiver Verhaltenstherapie.

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