On en parle

Voulez-vous coacher avec moi?

Malgré ou grâce au coronavirus, le coaching se porte bien. La crise ouvre même de nouvelles perspectives pour ce métier en fort développement. Éclairage.

«Aujourd’hui plus que jamais, les managers ont un rôle très important à jouer. Le management en phase de confinement et de post-confinement implique un développement du soutien aux collaborateurs isolés, parfois stressés et angoissés, dont les besoins doivent être remontés auprès des RH», affirme l’agence de coaching Qualisocial. À Delémont, la société de soutien à la création d’entreprises dit pareil: elle estime crucial d’accompagner sa clientèle, «d’autant plus en cette période de pandémie», déclare le directeur Frédéric Baetscher. Et de préciser: «Nous travaillons actuellement et de manière digitale pour les activités de coaching, cela toujours avec la même efficacité.»

C’est parce que sa fonction est par définition d’accompagner les personnes que le coaching peut s’avérer «particulièrement intéressant pour les entreprises» en cette période de crise sanitaire, souligne Jean-Philippe Di Piazza, directeur de l’Académie du coaching de Paris. «Le coaching travaille avec l’inconnu, il ne sait rien à l’avance, ne juge pas, mais propose un lieu de réflexion et d’échange. De plus, il a comme essence de faire émerger les solutions.

Or, indépendamment de leur taille et de leur type, toutes les entreprises ont été confrontées à des problèmes en lien avec la pandémie. Croire qu’ils disparaîtront «parce que le virus disparaîtra» ou «parce qu’un vaccin a été trouvé» est une posture quelque peu enfantine et surtout dangereuse, car elle met les entreprises dans une attitude attentiste en opposition avec leur mission. Il est nécessaire d’accueillir et d’accepter le changement pour pouvoir s’y adapter et se transformer en conséquence».

53’000 coachs dans le monde

L’impact de la crise sanitaire sur les entreprises a plutôt renforcé la demande en coaching. D’ailleurs, le nombre de coachs professionnels ne cesse d’augmenter. Selon la psychologue du travail et coach Noémie Le Menn, il y en aurait actuellement plus de 53’000 dans le monde...(1) L’attrait de la profession la laisse parfois songeuse.

«Quand j’ai démarré, dans les années 1990, il y avait deux formations dirigées l’une par une psychologue et l’autre par un psychiatre. La plupart des coachs de la première génération étaient des psychologues. Depuis, ce marché a attiré de nombreux dirigeants et managers RH. Enfin le business du coaching a évolué vers celui de la formation des coachs. Aujourd’hui, on en trouve plus de 300! Formations d’une durée de 4 à 22 jours en moyenne, avec une ou deux promotions par année de 12 à 60 personnes, selon leur format. Le calcul est vite fait: en tablant sur un chiffre minimum de 12 personnes par promotion, cela fait 3600 nouveaux coachs sur le marché par année et c’est un minimum...»

Difficile d’en vivre

Logiquement, le revenu mondial du coaching est en progression. L’International Coaching Federation (ICF) l’a estimé à 2,356 milliards de dollars en 2016.(2) Paradoxalement, il semble difficile de vivre du coaching: 70% des coachs exercent leur métier à moins de 50%…(3) «Ce métier n’est pas un eldorado. Seulement 4% des coachs en vivraient réellement; la plupart effectuent également des missions d’outplacement, de conseil, d’animation, etc. Le revenu annuel issu du coaching serait en moyenne de 35’900 € par coach. Ceux qui entrent dans la profession pour faire fortune risquent d’être déçus! D’autant que les entreprises font très rarement appel aux coachs débutants pourtant de plus en plus nombreux, ce qui ne facilite pas la vie des nouveaux coachs. Les missions de coaching ne tombent pas par magie, elles dépendent de la notoriété du coach et de ses capacités à se vendre. Pour des raisons de coûts, elles sont souvent traitées en priorité par des coachs internes, sauf pour les cadres dirigeants».

Peut-être le métier souffre-t-il de certaines confusions? Dans le dernier numéro de la revue Mag RH (4), Noémie Le Menn rappelle que manager et coacher, ce n’est pas la même chose! «Le management est imposé aux salariés et est défini par un lien de subordination. Le manager a la possibilité, voire le devoir de sanctionner ses collaborateurs, alors que le coach a la mission de soutenir sa clientèle. La personne coachée choisit qui va l’accompagner et – deuxième élément crucial – cela se fera à travers une relation égalitaire. Pour cette raison, il est important que le coach qui intervient en entreprise soit à l’abri de toutes formes de pressions internes. Il ne doit pas non plus avoir de lien hiérarchique avec la personne coachée, bien sûr».

Pseudosciences et pensée magique

Finalement, c’est en coachant que l’on devient coach: «C’est une question de pratique, comme pour un pilote d’avion qui doit faire des heures de vol pour maintenir son niveau et ses réflexes.» Noémie Le Menn dénonce les «sauveurs compulsifs» dont la «fureur d’aider» provient en fait d’un urgent besoin de recevoir eux-mêmes de l’aide.

«Quand j’ai commencé à étudier la psychologie, il y avait plus de 800 personnes dans l’amphithéâtre et je n’avais jamais vu autant de personnes en difficultés psychologiques regroupées dans un même espace... Au bout de cinq ans, nous n’étions plus que 15. Les personnes en difficultés psychologiques dont le vrai besoin relève d’une thérapie ne peuvent pas tenir la longueur d’une formation longue. Certains peuvent dérouter vers des croyances «new age» ou «old age», des pratiques de pseudosciences, voire de la pensée magique et raconter des histoires de hantise, de revenants, de malédiction, de synchronicité, de chamanes...etc. Ce sont ce que j’appelle «les coachs perchés». Au mieux, ces profils peuvent agir en placebo de façon positive. La relation d’accompagnement où une personne se livre en toute confiance à quelqu’un d’autre est un lieu de prédation pour les profils soutenus par des défenses perverses. Ceux-ci sont attirés par les métiers de la relation comme le pédophile par les jardins d’enfants. C’est encore l’un des risques du métier.»

(1) https://coachingfederation.org/app/uploads/2017/12/

2016ICFGlobalCoachingStudy_ExecutiveSummary_FRENCH.pdf

(2) https://coachingfederation.org/app/uploads/2017/12/ 2016ICFGlobalCoachingStudy_ExecutiveSummary_FRENCH.pdf

(3) http://www.gos-coaching.ch/pdf/2011-Enquete%20SRCoach.pdf

(4) https://www.reconquete-rh.org/MagRH12.pdf

 

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Typographe de premier métier, Francesca Sacco a publié son premier article à l’âge de 16 ans pour consacrer toute sa vie au journalisme. Elle obtient son titre professionnel en 1992, après une formation à l’Agence télégraphique suisse, à Berne. Depuis, elle travaille en indépendante pour une dizaine de journaux en Suisse, en France et en Belgique, avec une prédilection pour l’enquête.

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