En juillet, dans le cadre de ses enquêtes conjoncturelles trimestrielles, le KOF Institut a interrogé environ 8000 entreprises du secteur privé concernant leurs prévisions salariales. Environ 3500 entreprises ont répondu à la question posée. Selon l’enquête, les entreprises tablent en moyenne sur une hausse salariale de 1,2 % d’ici un an. Ce chiffre est inférieur à celui de l’année précédente (1,3 %), précis un communiqué. Les prévisions de croissance salariale nominale poursuivent ainsi leur tendance à la baisse, observable depuis le début de l’enquête en 2022. Les prévisions se situent désormais autour de 1 % : la moitié des entreprises table sur une croissance salariale comprise entre environ 0,6 % et 1,4 %. Elles sont nettement moins nombreuses qu’il y a un an à prévoir des augmentations salariales de 2 % ou plus, tandis que la médiane reste inchangée à 1 %.
La baisse des anticipations salariales devrait refléter principalement deux évolutions. D’une part, la situation sur le marché du travail suisse n’a cessé de se détériorer depuis 2023 : le chômage a légèrement augmenté en données corrigées des variations saisonnières, et la pénurie de main-d’œuvre qualifiée a continué à s’atténuer. En 2025, l’emploi n’a pratiquement plus progressé. D'autre part, l'inflation des prix à la consommation a encore baissé l'année dernière, s'établissant par moments à un niveau proche de zéro. Depuis, l'inflation a certes légèrement repris en raison de la guerre en Iran, mais la nécessité d'ajuster les salaires à l'inflation passée est néanmoins moindre cette année.
La croissance des salaires réels pourrait être supérieure à la moyenne en 2027
La croissance des salaires réels – c'est-à-dire la croissance des salaires après déduction de l'inflation – est déterminante pour le pouvoir d'achat des salariés. Les entreprises interrogées ont également indiqué le niveau d'inflation auquel elles s'attendent pour les douze prochains mois. Comme lors des enquêtes précédentes, elles tablent sur une inflation plus élevée que celle prévue par les instituts de prévision : alors que le KOF prévoit par exemple une inflation de 0,5 % pour les douze prochains mois, les entreprises s’attendent à 1,1 %. De leur point de vue, les augmentations salariales devraient donc tout juste suffire à compenser la hausse des prix – les salaires réels stagneraient ainsi à peu près. Si, en revanche, les dernières prévisions du KOF Institut se confirment, la croissance salariale nominale attendue de 1,2 % se traduirait par une hausse réelle d’environ 0,7 %. D’un point de vue historique, ce serait un résultat solide : entre 2014 et 2023, les salaires réels ont augmenté en moyenne de 0,2 % par an selon l’indice suisse des salaires.
Le secteur de la construction prévoit les hausses salariales les plus importantes
On observe des différences marquées entre les secteurs. Les entreprises du commerce de détail (0,8 %), du commerce de gros (0,9 %), ainsi que de l’industrie manufacturière et du secteur financier (1,0 % chacun) s’attendent à une croissance salariale nominale relativement faible. C’est au sein du secteur financier, notamment dans les banques (de 1,4 % à 0,8 %), ainsi que dans l’industrie chimique et pharmaceutique (de 1,5 % à 1,0 % chacune), que les prévisions ont le plus baissé par rapport à l’année précédente – ce qui semble refléter les défis particuliers auxquels ces secteurs sont confrontés : l’industrie pharmaceutique subit la pression du gouvernement américain pour revoir ses prix à la baisse, l’industrie chimique ressent les effets des droits de douane américains et de la hausse des prix de l’énergie due à la guerre en Iran, tandis que dans le secteur bancaire, l’intégration en cours du Credit Suisse au sein de l’UBS pourrait freiner l’évolution des salaires.
Le secteur de la construction se démarque nettement : il est le seul secteur dans lequel les entreprises tablent sur une croissance salariale nominale et réelle supérieure à celle de l’année dernière ; elles prévoient une hausse nominale de 2,0 % (contre 1,6 % l’année précédente). 90 % des entreprises du bâtiment tablent sur une croissance salariale d’au moins 1 %, tandis que dans tous les autres secteurs, au moins une entreprise sur dix estime que les salaires n’augmenteront pas. Cet optimisme pourrait s’expliquer par la pénurie persistante de main-d’œuvre qualifiée, conjuguée à un carnet de commandes bien rempli dans le secteur de la construction. Dans l’hôtellerie-restauration, les prévisions salariales nominales, à 1,4 %, sont certes supérieures à la moyenne. Par rapport aux enquêtes précédentes, les prévisions ont néanmoins également nettement baissé dans ce secteur. À la mi-2024, le secteur de l’hôtellerie-restauration était encore en tête de tous les secteurs avec des hausses salariales attendues de 2,6 %.