Les effets du numérique peu visibles sur l'économie suisse

Quelque 41% des entreprises en Suisse estiment que la transition numérique exige de modifier leur modèle d'affaires, selon un sondage d'UBS. Les effets sont, toutefois, encore peu visibles sur l'économie helvétique.

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Pour la plupart des entreprises sondées, les investissements dans le domaine numérique représentent une décision stratégique. Photo: 123RF

(ats) La majorité des entreprises interrogées jugent, cependant, que le numérique ne les affectera que peu (47%) ou pas du tout (12%), montre l'enquête de la banque aux trois clés publiée. Aussi, elles ne voient pas le besoin d'adapter leur modèle d'affaires.

Pour la deuxième fois, les économistes d'UBS ont interrogé 2500 entrepreneurs et patrons sur l'impact de l'interconnexion et de l'automatisation sur leur activité. Plus les entreprises sont jeunes, moins elles se sentent touchées, constate l'étude.

"A ce jour, aucun effet important n'a toutefois pu être constaté au niveau macro-économique", écrit UBS. Mais la transition numérique combinée au vieillissement de la société devrait provoquer de grands changements structurels au cours des prochaines années, avec à la clé un fort transfert d'emplois entre les secteurs - un processus qui a d'ailleurs déjà commencé.

Transferts d'emploi

Une étude publiée en début d'année par McKinsey Global Institute parle d'un potentiel de rationalisation de l'ordre de 47% des emplois pour la Suisse d'ici aux prochaines décennies, rappellent les auteurs. Le numérique entraîne non seulement le remplacement de travailleurs par des ordinateurs, mais aussi des acteurs du marché.

Ainsi, les jeunes firmes équipées des technologies les plus avancées pourraient ravir des parts de marché aux entreprises historiques, voire même les supplanter. Un tel phénomène s'observe d'ores et déjà sur le marché actuel du livre.

Selon les experts d'UBS, numérique rime donc avec ralentissement, voire recul de l'emploi. Mais il induit, d'autre part, des hausses de productivité et des bénéfices, de la croissance économique et "un relèvement du niveau des salaires pour les collaborateurs encore en poste".

Peu d'effets visibles

Or, l'évolution de l'économie helvétique contraste avec ces effets attendus. La croissance récente a ralenti, celle de l'emploi s'est améliorée, avec pour résultat un net recul de la productivité. La croissance des salaires nominaux s'est développée lentement, au même titre que celle des résultats. Seule la croissance des salaires réels a progressé, en raison de l'inflation négative.

Bien sûr, le franc fort pèse sur les résultats d'entreprises. Mais, d'après les experts d'UBS, la digitalisation en Suisse "n'a probablement pas encore révélé l?intégralité de son potentiel", malgré la percée du smartphone ou du commerce en ligne ou l'automatisation implémentée de longue date dans l'industrie.

L'autre explication, selon UBS, réside dans le calcul du produit intérieur brut (PIB). D'après les économistes de la banque, de nombreux aspects de l?économie numérique ne sont pas ou pas suffisamment pris en compte dans ce calcul.

Plus d'investissements

Mais la situation devrait changer au cours des prochaines années. La priorité est donc de se préparer à ces changements, relève Martin Blessing, président d'UBS Suisse, cité dans le communiqué.

Pour la plupart des entreprises sondées, les investissements dans ce domaine représentent une décision stratégique. Dès lors, 44% des répondants prévoient d'investir davantage dans la numérisation au cours des cinq prochaines années.

Selon les résultats de l'enquête, 87% des entreprises financent les investissements dans la transition numérique à l'aide de leurs capitaux propres. Seuls 2% ont uniquement recours à des fonds de tiers. Dans l'industrie manufacturière et le bâtiment, les participants estiment plus difficile d?obtenir un crédit pour le numérique que pour un investissement traditionnel.