Développement durable

«Le développement durable impacte positivement les recrutements et la fidélisation»

Le recours aux nouvelles technologies est un point clé pour répondre aux objectifs ESG des entreprises, estime Thierry Bücheler, contributeur d'une étude récente sur le sujet.

Près de deux tiers des employés sont prêts à quitter une entreprise en faveur d’une autre plus engagée en matière de développement durable et de responsabilité sociale. C’est l’un des constats de l’étude «Pas de planète B» auprès de 11 000 personnes dans 15 pays à travers le monde, menée par le groupe Oracle. Décryptage des résultats de l’enquête avec l’un de ses contributeurs, Thierry Bücheler, responsable AI Advisor, Strategist and Tech Innovation chez Oracle en Suisse.

Vous avez mené récemment une étude sur les attentes de la société en matière de durabilité et de responsabilité sociale. Pourquoi?

Thierry Bücheler: La gestion des impacts ESG est souvent traitée au second plan par rapport aux mesures traditionnelles de la performance commerciale. Après tout, la pression sur les résultats immédiats est toujours plus forte, les carrières sont courtes, les facteurs environnementaux et sociaux sont source de discorde et il est dans la nature humaine de se concentrer en priorité sur ce que l’on peut contrôler.

Les chefs d’entreprise sont conscients de l’importance de mesurer leur progrès en matière de ESG, mais ils pensent souvent, à tort, qu’ils doivent donner la priorité soit aux bénéfices, soit à la durabilité. Mais ce n’est pas vrai. C’est pourquoi nous nous sommes efforcés d’explorer ces questions et de comprendre l’impact de la technologie sur la gestion des efforts en matière de responsabilité sociale. Notre objectif était d’établir comment l’opinion des consommateurs sur ces efforts a évolué, mais également comment les facteurs environnementaux et sociaux ont influé sur leur comportement. Nous voulions également mettre en évidence les défis auxquels les entreprises sont confrontées aujourd’hui quand il s’agit de réaliser leurs objectifs ESG ainsi que la manière dont elles perçoivent le soutien que peut apporter la technologie.

Quelles ont été les conclusions de l’enquête qui vous ont le plus surpris?

TB: Le fait que les gens souhaitent que les entreprises intensifient leurs efforts en matière de durabilité et d’action sociale n’est pas surprenant, mais le fait que 94% des personnes interrogées pensent que la société n’a pas fait assez de progrès l’est. Il est intéressant de constater que, toutes régions confondues, une grande majorité des personnes interrogées (84%) estiment que les entreprises feraient davantage de progrès en matière de responsabilité sociale avec l’aide de l’intelligence artificielle et 61% concluent même que les robots réussiront là où les humains ont échoué.

L’idée que les gens sont prêts à couper les ponts avec les entreprises qui ne prennent pas ces efforts au sérieux est également de plus en plus évidente. La grande majorité (70%) des personnes seraient prêtes à couper les ponts avec une marque qui n’est pas responsable, et 69% des employés iraient jusqu’à quitter leur employeur actuel en faveur d’une entreprise plus responsable.

Il est également intéressant de noter que presque tous les chefs d’entreprise (96%) admettent que les préjugés et les émotions humaines détournent souvent l’attention de l’objectif final quand il s’agit de faire évoluer leur stratégie ESG et que 89% pensent que les organisations qui utilisent la technologie pour favoriser les pratiques commerciales durables seront celles qui réussiront à long terme.

Selon vous, quelles mesures concrètes les entreprises peuvent-elles prendre à court terme pour répondre aux attentes de leurs employés et de leurs clients en matière de durabilité?

TB: Aujourd’hui, la technologie permet d’éliminer beaucoup d’obstacles quand il s’agit de mesurer les progrès ESG réalisés par une entreprise. Les organisations qui y parviennent peuvent non seulement soutenir leurs communautés et l’environnement, mais aussi réaliser d’importants gains de revenus, des économies et d’autres avantages qui ont un impact sur les résultats. Mais si la compréhension des exigences ESG est la première chose à faire à court terme, la capacité de gérer les données de l’entreprise en rapport avec les exigences ESG est la clé d’un rapport fiable.

Les données doivent être agrégées, synthétisées et visualisées de sorte à pouvoir être communiquées de façon cohérente à toute une série de parties prenantes. Le cloud permet de les intégrer pour répondre à ses exigences en matière de reporting, mais aussi pour planifier et gérer les pratiques ESG, aujourd’hui et à l’avenir.

Y a-t-il des mesures liées à la GRH que vous trouvez particulièrement pertinentes?

TB: Nous avons relevé que le reporting ESG a un impact sur les employés. Lorsque des entreprises prennent des mesures et montrent les progrès qu’elles réalisent, les avantages pour le recrutement, l’embauche et la fidélisation peuvent être importants. 83% des personnes que nous avons interrogées ont déclaré qu’elles travailleraient plus volontiers pour des entreprises qui ont pris des mesures en matière d’ESG et qui sont clairement en mesure de démontrer leurs progrès. Le Fusion Cloud Human Capital Management d’Oracle (HCM), est par exemple un outil qui aide les entreprises à répondre aux besoins de leurs employés. C’est un système qui fournit une vision consolidée des données de leurs employés, ce qui leur permet de réduire le gaspillage de papier, créer et maintenir des initiatives de diversité et d’inclusion, soutenir la santé et la sécurité des travailleurs, et répondre aux besoins de conformité réglementaire et de sécurité et confidentialité des données.

Vous êtes un spécialiste de l’intelligence artificielle. Comment ce type de technologie peut-elle aider les organisations à cet égard?

TB: Des algorithmes sophistiqués peuvent théoriquement montrer des corrélations entre des facteurs qui sont désormais évidents pour les humains. Ils peuvent être en mesure d’aider à établir ce lien entre les indicateurs clés de performance commerciale traditionnels et les objectifs ESG. Cela fonctionne de manière rétrospective et prospective. Des prédicteurs avancés peuvent être construits pour que les entreprises puissent au moins tester de bonnes idées présélectionnées pour améliorer leurs profils ESG. Par exemple, une organisation peut utiliser l’extraction d’informations ou l’apprentissage automatique pour concevoir et filtrer des programmes d’incitation susceptibles de modifier les comportements et d’amener davantage d’employés à utiliser les transports publics ou le vélo pour se rendre au travail, à réutiliser les couverts et la vaisselle en plastique, ou à réduire les déplacements professionnels pour les réunions non critiques en les remplaçant par des vidéoconférences, mieux acceptées qu’il y a trois ans.

La mise en œuvre de mesures ESG efficaces passe-t-elle nécessairement par la collecte de données?

TB: Sur les 91% de chefs d’entreprise qui ont admis être confrontés à des défis majeurs pour progresser dans les initiatives de durabilité et ESG, tous ont mentionné que cela était dû aux difficultés à obtenir des indicateurs ESG de la part des partenaires et d’autres tiers et à suivre les progrès en raison d’un manque de données. Les processus manuels et chronophages nécessaires à l’établissement de rapports sur les mesures et la complexité de l’intégration des données provenant de chaînes d’approvisionnement mondiales constituent un défi. Par conséquent, la collecte de données à l’intérieur et au-delà des frontières de l’organisation, y compris pour les applications plus sophistiquées mentionnées précédemment, est très importante.

Quels sont les développements que votre groupe mène pour aider les entreprises à mettre en œuvre leurs programmes ESG?

TB: Oracle collabore avec les employés, les clients et les partenaires pour identifier et traiter les éléments clés de la durabilité environnementale ainsi que de la diversité et de l’inclusion. Parmi ces initiatives, nous avons conçu notre infrastructure cloud en tenant compte d’objectifs clairs en matière de durabilité et nous contribuons à réduire l’empreinte carbone de nos clients en fournissant des services cloud sur une infrastructure efficace et à faible ou sans carbone.

Nous nous sommes également engagés à réduire l’impact environnemental de nos activités en nous fixant des objectifs très ambitieux en matière de réduction de l’eau, des déchets et des émissions. Nous avons conçu notre matériel pour intégrer l’économie circulaire, en détournant plus de 99% des déchets électroniques des décharges. De plus, le lancement du programme Oracle Career Relaunch pour aider les candidats qui souhaitent réintégrer le marché du travail après une pause dans leur carrière, la mise en place d’un programme de collaboration avec les collèges et universités pour promouvoir la diversité dans l’industrie technologique ainsi que la collaboration avec des organisations externes pour faire tomber les barrières et augmenter les opportunités d’études aux personnes handicapées, contribuent également à avancer les programmes ESG.

Oracle crée aussi des solutions que les entreprises peuvent utiliser pour gérer leurs objectifs de durabilité. Par exemple, Info Fauna - un projet géré par le Centre thématique suisse sur la faune, qui espère pouvoir contribuer à ralentir le rythme sans précédent auquel les espèces d’insectes sont menacées et disparaissent. Il s’agit de recueillir et d’enregistrer des informations sur les espèces animales du pays, qui sont ensuite utilisées pour aider à prendre des décisions sur les endroits où les efforts de conservation doivent être concentrés. Grâce au cloud d’Oracle et à la base de données autonome, l’organisation parvient à gérer des données en temps réel et à soutenir les efforts des biologistes, des musées, des administrations et de la communauté au sens large qui multiplient leurs efforts pour protéger de nombreuses espèces menacées en Suisse.

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Erik Freudenreich est le rédacteur responsable de la version française du site HR Today.

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