«Il faut réinvestir le temps gagné grâce à l’IA au profit des équipes»
Robert Tanner, DRH des Hôpitaux Universitaires de Genève, partage sa vision du rôle des RH face à l’intelligence artificielle à l’occasion de sa participation à la conférence «IA & Travail», qui aura lieu le 28 mai prochain à Yverdon-les-Bains.

Robert Tanner, DRH des Hôpitaux Universitaires de Genève
Comment percevez-vous le rôle de la fonction RH en matière d’accompagnement à l’IA?
Robert Tanner: Un premier point important est de dépasser certaines idées reçues. L’IA peut accélérer les décisions et automatiser certaines tâches, mais elle ne remplacera jamais pleinement le discernement, la relation humaine et la responsabilité. Il s’agit donc d’expliquer, de former et surtout d’accompagner. Face à une technologie parfois mal comprise, les collaborateurs se demandent s’ils ont encore leur place. Le rôle des RH est de créer un cadre dans lequel ces questions peuvent être posées et éviter que ces transformations se fassent au détriment des collaborateurs.
Quels sont les principaux challenges que vous observez en la matière?
Le principal défi n’est pas technologique, mais humain. L’IA génère des craintes, ce qui nécessite un accompagnement des compétences et une montée en maturité des équipes. Il faut également s’assurer que les décisions prises avec l’aide de l’IA restent maîtrisées. D’autant que ces technologies peuvent reproduire des biais si elles ne sont pas encadrées. Par ailleurs, la rapidité des évolutions peut pousser à aller trop vite. Or, les collaborateurs ont besoin de temps pour s’approprier les outils et ajuster leurs pratiques.
Un autre risque consiste à déléguer des décisions à des systèmes dont on ne comprend pas pleinement le fonctionnement ni les implications éthiques. Aux HUG et au sein du Pôle IA genevois, l’intelligence artificielle est déjà utilisée pour soutenir l’oncologie de précision, notamment dans l’analyse génétique des tumeurs, la prédiction de l’efficacité des traitements et l’aide à la décision clinique. Mais dans un domaine aussi sensible, la décision médicale ne peut jamais reposer uniquement sur un algorithme : elle doit toujours rester éclairée par l’expertise humaine, l’éthique et le dialogue avec le patient.
L’histoire nous a montré, par exemple avec l’essor des e-mails ou d’Internet, que les gains de productivité ne se traduisent pas automatiquement par une amélioration du bien-être. Il est essentiel de réinvestir le temps gagné grâce à l’IA au profit des équipes.
Pouvez-vous donner un avant-goût du retour d’expérience que vous allez partager le 28 mai prochain?
Mon message principal est que ces technologies doivent nous permettre de revenir à l’essentiel, à savoir l’humain. J’utilise souvent une image: celle d’une lumière trop forte qui finit par créer de l’ombre très foncée. Si l’on pousse la technologie à l’extrême, on risque de perdre de vue l’essentiel. Elle doit au contraire nous permettre d’être plus présents auprès du personnel. Cela passe notamment par la reconnaissance du travail. Celle-ci ne doit pas être uniquement salariale. Il s’agit aussi de comprendre comment les collaborateurs travaillent, quels obstacles ils rencontrent, et quel chemin ils parcourent pour atteindre leurs objectifs.
«IA & Travail: nouveaux repères pour les organisations»
Jeudi 28 mai 2026 de 18h à 20h
HEIG-VD, Route de Cheseaux 1, 1400 Yverdon-les-Bains
Programme complet et inscription