L’intelligence artificielle en RH: entre promesses et prudence
Interview avec Madeline Plard, Product Manager chez Lucca, sur les usages, limites et bonnes pratiques de l’IA dans la fonction RH.

L’intelligence artificielle s’impose de plus en plus dans les processus RH, promettant gain de temps et efficacité. Mais derrière cet engouement, quels sont les vrais apports et les risques à connaître ? Madeline Plard, experte Lucca en engagement collaborateur et IA, nous éclaire.
Pourquoi parle-t-on autant d’IA en RH aujourd’hui?
L’IA est devenue un sujet incontournable car elle offre des capacités inédites d’analyse et d’automatisation. Dans les RH, elle peut aider à traiter des volumes importants de données, comme les CV, les feedbacks ou les évaluations, pour en extraire des tendances ou faciliter certaines tâches répétitives. Cela répond à une attente forte: libérer du temps aux équipes RH pour se concentrer sur l’humain et la stratégie. Mais il faut garder en tête que l’IA ne comprend pas, elle prédit. Elle fonctionne sur des probabilités issues de milliards d’exemples, sans conscience ni jugement.
Quels sont les principaux risques liés à l’usage de l’IA en RH?
L’IA peut se tromper fréquemment, notamment quand les questions posées sont imprécises ou quand elle doit interpréter des données complexes. Elle ne perçoit pas les émotions, les dynamiques d’équipe, ni les non-dits. Par exemple, elle peut confondre stress et incompétence lors d’un entretien vidéo automatisé. De plus, elle reproduit les biais historiques présents dans les données sur lesquelles elle a été entraînée, ce qui peut renforcer des inégalités, notamment en matière de diversité. Enfin, elle a tendance à vouloir « plaire » en validant les hypothèses de l’utilisateur, ce qui peut biaiser les décisions.
Comment utiliser l’IA de manière pertinente dans les processus RH?
Il faut d’abord considérer l’IA comme un assistant, jamais comme un décideur. Elle est très efficace pour automatiser des tâches simples et répétitives: analyser les compétences clés dans les CV, rédiger ou adapter des offres d’emploi, ou encore synthétiser des feedbacks pour préparer un entretien. En revanche, les décisions finales, comme la sélection des candidats ou l’évaluation des performances, doivent rester humaines. Il est aussi essentiel de cadrer précisément les questions posées à l’IA pour éviter les erreurs d’interprétation.
Peut-on faire confiance aux recommandations de l’IA pour la formation ou l’engagement des collaborateurs?
L’IA peut aider à analyser des données collectives, comme les demandes de formation ou les verbatims d’enquêtes d’engagement, pour identifier des tendances ou prioriser des actions. Mais elle ne peut pas comprendre les contraintes internes, ni le vécu individuel des collaborateurs. Par exemple, elle peut suggérer une formation qui « matche » textuellement avec un poste, sans savoir si la personne est réellement disponible ou motivée. Il faut donc toujours croiser ces recommandations avec le contexte humain et stratégique.
Comment Lucca accompagnez-vous les entreprises dans cette transformation?
Chez Lucca, nous développons des solutions RH qui intègrent l’IA de façon fluide et intuitive, pour assister les équipes sans les remplacer. Notre objectif est de simplifier le quotidien des RH tout en préservant la dimension humaine, essentielle dans la gestion des talents. Nous encourageons aussi une utilisation responsable et éthique de l’IA, avec transparence vis-à-vis des collaborateurs.
Pour plus d’échanges à ce sujet, rejoignez-moi lors de ma conférence «Quand l’IA se trompe» au Salon RH en ligne le 10 mars à 9h45. A bientôt!