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Quand les RH s'imaginent en 2050

Face aux incertitudes grandissantes de notre époque, les outils traditionnels de la GRH montrent leurs limites. C'est pour dépasser ces angles morts que 30 professionnels RH et 20 experts en prospective pour imaginer le futur de la fonction RH. Compte rendu.

Cet atelier a fait le pari du Design Fiction. L’intention: utiliser la création d’artefacts du futur, ici, des offres d’emploi RH fictives, pour «hacker» nos modèles mentaux. La méthodologie repose sur un principe simple: les offres d’emploi sont des objets culturels puissants. Elles condensent des représentations du travail, des rapports de pouvoir, des normes implicites et des peurs rarement exprimées frontalement. En les analysant non pas comme des promesses, mais comme des symptômes, on accède à ce que les participants cherchent à sécuriser, à éviter, ou considèrent comme allant de soi pour la fonction RH de demain. Les participants ont joué le jeu jusqu’au bout: titres de postes, packages, mission, profils, compétences… tout y est, avec des tonalités parfois très sombres, parfois inspirantes. De ces onze offres émergent quatre grandes leçons sur la manière dont la fonction pourrait se réinventer: action climatique, sécurisation des besoins vitaux, contrat social et gouvernance de l’IA.

À l’avant-garde de l’action climatique

Dans plusieurs offres, la fonction RH se place clairement en première ligne des réponses au dérèglement climatique. Le Manager de l’adaptation climatique RH, par exemple, conçoit et pilote des plans de continuité d’activité, cartographie les vulnérabilités physiques et mentales des salariés, déclenche des mesures d’urgence et négocie avec les partenaires sociaux après des vagues de chaleur ou des inondations.

À l’autre extrême, le Directeur des ressources vivantes opère dans des scénarios où l’enjeu est de maintenir un équilibre entre production, santé de la biosphère et trajectoires humaines. Il dialogue avec des représentants du «biome», co-pilotent des quotas carbone, veillent à ce que chaque rôle reste soutenable pour les personnes comme pour les écosystèmes.

Sécuriser les travailleurs et leurs besoins vitaux

C’est sans doute le constat le plus brutal de l’atelier: la pyramide de Maslow pourrait s’effondrer par la base. Le Climate Benefits Manager conçoit des politiques centrées sur la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau, la protection thermique, la mobilité sûre et la relocalisation en cas d’inhabitabilité. Les avantages sociaux sont territorialisés, conditionnels et s’adaptent en continu aux seuils climatiques franchis. Dans ce monde, la fonction C&B devient littéralement une infrastructure de résilience humaine.

Dans une veine plus «business as usual», le Manager de l’adaptation climatique RH propose un glissement similaire: benefits premium incluant soutien psychologique, jours de récupération après crise, panneaux photovoltaïques offerts, accès à un «coin de nature non dégradée», présence possible d’un aidant pour soi ou sa famille.

Garants du sens du contrat social travail–entreprise

Dans des futurs où le travail n’est plus forcément lié à la survie économique (grâce à un revenu de base universel) pourquoi travaille-t-on encore? Plusieurs métiers imaginés placent explicitement les RH en gardiens du sens du contrat social. Le Facilitateur du contrat social traduit des règles macro (quotas carbone, restrictions, management algorithmique) en pratiques compréhensibles, organise des espaces de médiation, gère les incidents de non-respect et joue un rôle de garde-fou éthique face à des algorithmes potentiellement injustes.

À l’opposé, le Responsable Résistance Humaine naît du constat que la neutralité est morte: son rôle n’est plus de «gérer l’humain pour l’entreprise», mais d’organiser un rapport de force collectif face à des employeurs qui conditionnent l’accès à l’air, à l’eau et à la santé au travail.

Tisser du lien humain dans un monde piloté par l’IA

Face à l’omniprésence technologique, la RH de 2050 oscille entre deux postures: devenir le mécanicien de l’homme-machine ou le gardien de l’âme humaine. L’IA n’est plus un outil, c’est un environnement, voire un manager.

Les offres montrent une fonction RH chargée de maintenir la qualité du lien humain dans des systèmes où l’IA et la data structurent fortement les décisions. Le Human Intelligence Officer, dans un monde relativement harmonieux, est responsable de la stratégie d’intelligence humaine en mobilisant sciences du comportement, people analytics et IA éthique pour bâtir des environnements de travail durables et inclusifs. À l’inverse, le Réparateur d’humains endommagés, poste cauchemardesque, a pour mission de monitorer en temps réel l’humain, composant faillible, via des KPI physiologiques et mentaux. La mission est de garantir la «fonctionnalité opérationnelle» du stock humain, en décidant froidement de sa réparation ou de sa mise au rebut. C’est l’aboutissement froid d’une logique de performance déshumanisée, sans affect, pilotée par la donnée.

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Nicolas Gluzman, fondateur de work from the future.

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