«Répondre de nos actes»… au travail
Les responsabilités à assumer dans notre vie et dans notre travail: les avons-nous analysées avec sérieux, ou nous semblaient-elles évidentes et donc non sujettes à réflexion? Du point de vue étymologique, responsable vient du latin «respondere» c’est-à-dire répondre, au sens de répondre de ses actes, s’en porter garant.

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Dans ce sens, un fascicule très intéressant a été publié par l’UBS où étaient questionnés sur ce sujet des «responsables» dans différents domaines. Ainsi, pour l’ancien directeur de cette banque, sa principale responsabilité: tout mettre en œuvre pour que ses collaborateurs puissent faire un travail de qualité, au contact direct des clients.
Le philosophe britannique Alain de Botton, lui, insiste sur une première démarche essentielle: «Notre principale responsabilité est celle à l’égard de nos talents. Nous devons commencer par les cerner et cela nécessite de l’expérience et une bonne connaissance de soi. Identifier ses talents ne suffit pas. Nous devons également les mettre à profit.» Il s’agit donc là d’une première étape de travail sur soi incontournable. Sinon, nous risquons de «naviguer à vue» et de sous-utiliser notre potentiel et nos qualités.
Quant à Thierry Carrel (chirurgien cardiaque), il disait à ce sujet: «Mon credo en tant que chirurgien inclut l’excellence et la dignité humaine. Cette dernière est essentielle.» Cette composante humaine et éthique illustre la profondeur de cette notion. Toutefois, bon nombre de personnes vivent leur travail sans conscience de son importance sur le plan de la «santé globale» et sur celui de la société.
La responsabilité vis-à-vis des autres est plus évidente dans certains métiers: pilotes d’avion, conducteurs de bus ou de train, médecins et soignants, services sociaux, de secours etc. Là, les erreurs ou les manquements sont sévèrement jugés car les impacts sont plus directs et visibles. Mais cela ne donne pas à ces métiers une quelconque supériorité. Il n’y a pas à hiérarchiser, puisque chacun a ses propres responsabilités au travail, et en être conscient élève la nature de notre activité à sa véritable valeur.
Ce qu’a relaté Charles Plumb, pilote de chasse sur un porte-avion américain durant la guerre du Vietnam, en est un bel exemple. Son avion ayant été abattu, il s’est éjecté et a pu atterrir sans dommage grâce à son parachute. Mais fait prisonnier au Vietnam, il n’est revenu que six ans plus tard aux États-Unis. Un soir dans un restaurant, quelqu’un l’interpelle:
- «Vous êtes bien le capitaine Charles Plumb?»
- «Oui, mais comment me connaissez-vous?»
- «J’étais sur le même porte-avion que vous au Vietnam et je me chargeais d’emballer et préparer les parachutes!»
Depuis lors, profondément touché de réaliser que grâce à sa conscience professionnelle cet homme lui avait sauvé la vie, Charles Plumb a consacré son temps à faire des conférences pour en parler et honorer l’importance de la conscience professionnelle.
En fait, dans notre métier, nous n’avons pas que des contraintes imposées (cahier des charges etc.). Nous avons aussi un rôle à jouer qui inclut différentes responsabilités sur un plan collectif (structure, organisation, personnes, etc.). Dans ce contexte, nous avons à contribuer à la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE) (on parle d’entreprise citoyenne). Cette notion, issue de la norme (ISO 26000), élaborée par l’Organisation Internationale de Standardisation (ISO), sur un consensus international, donne des lignes directrices pour les organisations qui ont conscience qu’un comportement socialement responsable et respectueux de l’environnement est un facteur clé de la réussite. Le mode de gouvernance et les conditions de travail y occupent une bonne place. Mais, dans la pratique, ces beaux principes ne sont souvent pas appliqués, même s’ils sont affichés officiellement!
Et l’arrivée de l’IA introduit d’autres paramètres. Ainsi, l’Association Nationale des DRH, en France, nous rappelle une autre responsabilité collective: celle de ne pas laisser l’IA se substituer à l’entrée des jeunes dans le monde du travail. Julia de Funès soulignait récemment que la jeunesse était très bien informée sur tout ce qui ne va pas mais ne se sentait pas mieux armée pour y répondre. «La conscientisation n’est pas la responsabilité. […] Être responsable ne consiste pas à nier ce qui nous fragilise, mais à refuser que cela décide entièrement de ce que nous devenons.»
Prendre véritablement conscience des responsabilités que nous devons assumer dans notre activité professionnelle et dans notre vie privée, nous permet de rester en cohérence avec nos valeurs et de respecter notre santé morale (spirituelle) pour notre bien et celui des autres.