Portrait

Saine conscience

Formatrice, consultante et coach, Gabriela Leone s'engage pour former les enseignants·es et les managers aux bienfaits de la pleine conscience.

Elle est plutôt moment présent que passé simple. Fille d’un conseiller consulaire bernois, elle apprend très tôt à accepter l’impermanence des choses. Enfant, elle déménage tous les cinq ans: Cologne, Paris, Marseille. À chaque étape, elle doit lâcher prise, apprendre une nouvelle langue et reconstruire un cercle d’amis. C’est donc devenu sa spécialité. La rencontre avec l’autre, l’empathie et la résilience émotionnelle.

Ancienne DRH de McDonald’s Suisse SA, Gabriela Leone est aujourd’hui formatrice, consultante et coach en Suisse romande. Elle intervient notamment auprès du CVPC (Centre valaisan de perfectionnement continu) de Sion, du CPI (Centre de perfectionnement interprofessionnel) de Granges-Paccot et à Fribourg pour le Centre patronal, dans trois brevets fédéraux (spécialiste RH, assistante de direction et spécialiste en gestion de PME) ainsi que dans le tout nouveau diplôme fédéral de DRH. Éclectique dans son offre – comme souvent chez les indépendants – elle propose aussi des formations sur mesure et intervient comme personne de confiance certifiée par l’ASPCE®.

Style? «Je suis une pragmatique. Je cerne le besoin du client et lui apporte des solutions économes en temps et en énergie. Mes interventions s’inscrivent dans une logique de développement durable, je préfère transférer une compétence plutôt que de rendre les gens dépendants de mes services». Signe particulier? Elle s’engage bénévolement depuis 2018 pour diffuser les techniques de la pleine conscience dans les écoles.

Empathie vs sympathie

Pour l’entretien, elle nous accueille dans une salle de formation à Lausanne. Domiciliée dans la campagne fribourgeoise, elle a l’habitude de travailler en Home Office et a vécu le confinement avec sérénité. «La plupart de mes activités se sont arrêtées. J’en ai profité pour me ressourcer en nature et pour adapter certaines formations en blended learning. Et depuis le début 2021, je suis à nouveau à plein régime», sourit-elle. Plutôt introvertie, elle défend une vision empathique de la posture RH en organisation. «L’empathie plutôt que la sympathie. Le manager RH doit savoir garder une distance saine. Vous n’aidez personne si vous tombez avec l’autre dans le gouffre de sa souffrance.»

À choisir entre le développement personnel et le développement du personnel, elle prend plutôt le premier. «Pour qu’une entreprise performe, elle doit compter sur des collaborateurs bien dans leurs baskets. Le rôle des RH est de valoriser ces individus, de leur permettre de rayonner et d’exprimer leur potentiel.»

Et d’où tient-elle cet intérêt pour la flamme intérieure? «Sans doute de mon enfance. J’ai très vite dû apprendre à me mettre à la place des autres, à écouter et m’adapter à l’environnement.» Son empathie est émotionnelle aussi. Son sport de jeunesse fut la natation. C’est dans la solitude des bassins, à longueur d’allers-retours monotones, qu’elle a appris à écouter son corps et ses émotions.

Mais ce sont les rencontres qui ont tissé le fil rouge de sa vie. En 2018 par exemple, lors d’un apéro de l’ARFOR (Association romande des formateurs), elle croise Christophe Fraefel, instructeur en méditation et formateur. Lui cherche un·e associé·e pour former les enseignants·es suisses aux bienfaits de la méditation pour les élèves. Elle accepte sans hésiter. Quelques mois plus tard, en qualité d’instructeurs et de formateurs au programme P.E.A.C.E.®, créé par l’AME France et Candice Marro, ils fondent l’Association Méditation dans l’Enseignement Suisse (A.M.E.S.). «J’ai toujours mis l’humain au centre. Mon intérêt pour la pleine conscience n’est qu’une suite logique de cet engagement.»

Méthodes laïques

Introduire les techniques de la pleine conscience à l’école ne plaît pourtant pas à tout le monde. Bien qu’inspirée du bouddhisme, l’approche développée par l’Américain Jon Kabat-Zinn durant les années 1980 est laïque. Gabriele Leone est intervenue à la radio romande en mai 2021 pour évoquer les bienfaits de cette pleine conscience dans le système scolaire suisse. «Grâce au programme P.E.A.C.E.® (Présence – Ecoute – Attention – Concentration dans l’Enseignement), nous apprenons aux enfants à être plus attentifs, à eux-mêmes d’abord et ensuite aux autres. Avec des effets très bénéfiques: après 10 semaines de pratique, ils dorment mieux, sont plus concentrés en classe et ont moins peur des évaluations.» A ce jour, environ 60 enseignants·es ont suivi leur formation.

Aujourd’hui, ce sont les entreprises et les organisations publiques qui commencent à s’intéresser à ces pratiques. «Nous recevons de plus en plus de demandes. Ce sont souvent des patrons d’entreprises qui veulent comprendre les avantages. Ils nous contactent dans un premier temps pour des modules de méditation pour leurs collaborateurs. Nous leur expliquons alors notre approche, fondée sur la pleine conscience, la psychologie positive et les neurosciences, avec laquelle nous éclairons les thèmes classiques, comme la gestion des conflits par exemple.»

Avec Christophe Fraefel, Luccio Contino et Monique Borcard-Sacco, elle a fondé un consortium d’entrepreneurs, Mindful-life.ch, pour répondre à cette demande. «Notre module «Prendre soin de soi» marche très bien par exemple. Il a été conçu pour aider les collaborateurs à faire face aux injonctions contradictoires courantes de la vie en organisation: être rapide, créatif et engagé tout en étant obéissant, méticuleux et économes en heures supplémentaires.

Reprendre le contrôle

Pour les managers, il s’agit aussi d’apprendre à lâcher prise. «Malgré tous les discours que l’on entend sur la confiance et le servant leadership, le paternalisme ou l’approche dirigiste sont encore très présents dans nos entreprises. Certains managers craignent de perdre leur autorité s’ils acceptent de s’ouvrir aux idées des collaborateurs ou de leur faire plus confiance. Les techniques de la pleine conscience offrent un autre regard sur la communication, la gestion de conflit et la hiérarchie.» Elle confie aussi être vigilante avec les directions générales qui instrumentalisent les consultants.

La mindfulness est une manière de reprendre le contrôle sur sa propre vie, poursuit-elle. «Durant le confinement, de nombreux collaborateurs se sont sentis abandonnés. Développer son intelligence et sa résilience émotionnelle permet de reprendre son autonomie. Dans un monde professionnel qui bouge tout le temps, avec des changements d’employeurs plus fréquents, cette agilité émotionnelle et intellectuelle est essentielle.

«Se connecter à ses ressources intérieures donne du courage pour embrasser ces changements. Nous restons souvent englués dans nos peurs. Attention cependant à ne pas se lancer dans des changements trop grands, poursuit-t-elle. Se fixer des objectifs impossibles est une manière de se conforter dans son immobilisme.»

La pleine conscience permet enfin d’introduire des moments de respiration dans nos journées. «Déguster un café, se refocaliser sur quelque chose de positif entre deux séances, se ressourcer à l’air frais ou blaguer avec un collègue: c’est à chacun de nous de saisir ces moments, personne ne le fera à notre place.»

Les séances de méditation formelle (assis ou couché) sont une bonne pratique complémentaire, dit-elle. «Je ne pratique pas tous les jours, mais je m’arrête régulièrement pour me reconnecter à ma respiration et aux sensations de mon corps.» Elle est entrée dans la pleine conscience par le yoga, qu’elle pratique depuis vingt ans. Elle a approfondi sa technique à travers les programmes MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction), MSC (Mindful Self-Compassion) et IMP (Interpersonal Mindfulness Program).

Math-philo et sciences po

D’origine bernoise, Gabriela Leone est la fille d’un tapissier-décorateur bernois, qui a changé plusieurs fois de métier: d’abord employé de commerce puis agent consulaire pour la Confédération. Après un bac en math-philo à Marseille, elle choisit les sciences politiques à l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève. Elle rêve de rejoindre le CICR mais devient maman à 23 ans et décide d’accompagner le père de ses enfants dans son entreprise de location et de ventes de voitures d’occasion à Crissier.

En 1998, elle postule chez McDonald’s Suisse SA (aussi basé à Crissier) pour un poste d’assistante de direction. En 2001, elle rejoint le département RH, d’abord pour mettre en place l’apprentissage employé de commerce, puis pour reprendre la fonction de consultante RH pour le siège.

En 2002, McDonald’s Suisse traverse une crise: un franchisé de la marque ne respecte pas les salaires minimums et Gabriela Leone est mandatée pour auditer les pratiques RH de toutes les franchises du pays. «J’ai dû gérer les aspects juridiques, les médias et les syndicats. Cette période m’a énormément appris.»

Après une parenthèse dans la restauration collective (elle met en place la fonction RH de SV Groupe en Suisse romande), le CEO de McDonald’s la nomme au comité de direction et lui confie la direction RH du géant américain en Suisse. Elle y restera jusqu’en 2013. Mère de deux enfants, deux fois grand-mère, elle vit dans le canton de Fribourg avec son compagnon, enseignant spécialisé, lui aussi deux fois grand-père. Après des années d’activités professionnelles intenses, elle apprécie aujourd’hui ces moments présents passés simplement en famille.

Bio express

1989 Master en sciences politiques
2002 Consultante RH chez McDonald's Suisse
2014 Fonde OneStep Consulting Sàrl
2018 Cofondatrice de l'Association Méditation Enseignement Suisse

 

Laisser un commentaire0 CommentairesHR Cosmos

Marc Benninger est le rédacteur en chef de la version française de HR Today depuis 2006.

Davantage d'articles de Marc Benninger

Commenter

Ces articles pourraient vous intéresser