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«Derrière le mot «réfugié» se cache un large éventail de personnes»

Estelle Muller a rédigé un mémoire intitulé: «Orientation professionnelle et insertion des personnes réfugiés à Genève: Acteurs, politiques publiques et comparaison avec le canton de Vaud», dans le cadre de son MAS MRHC (orientation gestion des carrières), aux universités de Genève, Lausanne, Neuchâtel et Fribourg.

Décrivez-nous le profil de ces personnes réfugiées qui cherchent à s’orienter dans la formation professionnelle?

Estelle Muller: Les parcours sont très variés et il n’y a pas vraiment de profils type. Ce sont des personnes au bénéfice d’un permis B ou F réfugié ou F admission provisoire. Ils ont eu un parcours migratoire avant d’arriver en Suisse. Ce parcours a souvent été long, éprouvant et parfois traumatique. Certaines personnes ont un bon niveau académique, d’autres n’ont jamais été à l’école. Certaines personnes ont déjà un grand bagage professionnel, d'autres pas du tout. Ce sont souvent des hommes seuls, avec une famille qui est restée au pays. Leur niveau de français est très variable et va dépendre de leur capacité d’apprentissage. Derrière le mot «réfugié» se cache donc un large éventail de personnes.

Quels rôles peuvent jouer les entreprises dans ce processus d’intégration?

Les entreprises et leurs employés ont un rôle très important à jouer dans cette intégration. Le premier enjeu est d’être ouvert à ces profils. Ce ne sont pas des profils classiques. Ils ont des expériences variées et non linéaires. L’intégration au sein de l’entreprise est une autre étape clé. Ce soutien va dépendre de leur lieu de vie, des ressources étatiques à disposition, des capacités linguistiques et de la maîtrise du vocabulaire professionnel du métier. Un axe porteur serait la mise en commun de bonnes pratiques, une solution propice au partage de compétences et d'expériences. Le réfugié a peut-être des expériences professionnelles passées qui peuvent intéresser son employeur en Suisse. Ce soutien passe aussi par les moments informels, comme les pauses café, où entreprises et employés peuvent faire découvrir le tissu social local (centres sportifs, culture, activités en plein air, etc).

Vous montrez qu’il y a différentes approches entre les cantons de Genève et Vaud?

Mon travail repose sur un échantillon de dix personnes interviewées, il dégage ainsi une tendance qui ne peut être généralisée à tout le canton. Cependant, les offres de programme sont différentes d’un canton à l’autre. Genève dispose par exemple du programme Horizon académique pour les réfugiés qui ont une expérience académique. Ce programme va les préparer à s’insérer dans une voie académique. Il n’existe pas dans le canton de Vaud. Un réfugié «vaudois» donc soit se diriger vers l’offre genevoise s’il souhaite poursuivre ses études, soit commencer par un apprentissage ou aller vers l’emploi.

Vous écrivez que «la dimension de la xenia reste à développer: celle d’un accueil fondé à la fois sur le respect et la curiosité». Qu’entennez-vous par là? 

Les témoignages recueillis pour mon mémoire ont révélé que nous avons encore beaucoup de préjugés et de stéréotypes sur ces personnes en entreprise. Il ne faut donc pas s’arrêter sur un nom, une photo ou une origine ethnique qui apparaît sur le CV. Il y a peut-être aussi des vides dans un CV dont la personne ne veut pas parler, en lien avec son parcours migratoire. Il s’agit aussi de rester curieux, de leur donner une chance et de découvrir ces nouvelles cultures et ce que ces personnes peuvent apporter à nos entreprises.

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Marc Benninger est le rédacteur en chef de la version française de HR Today depuis 2006.

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