«Il faut donner au collectif une raison d’exister»
La HES-SO Valais lance une nouvelle formation sur la dynamique collective. Sa conceptrice Sibylle Heunert Doulfakar explique la démarche.

Sibylle Heunert Doulfakar est psychologue du travail et des organisations et accompagne des collectifs dans leur développement.
À quels besoins répond cette nouvelle offre sur la dynamique d’équipe?
Sibylle Heunert Doulfakar: Nous parlons beaucoup de collaboration, mais nos organisations restent largement construites autour de l’individu. Les objectifs sont individualisés, les évaluations aussi, tout comme une grande partie des dispositifs de développement du personnel. Or, mettre ensemble des individus compétents ne suffit pas à faire un collectif compétent. Dès que des personnes doivent accomplir quelque chose ensemble, une autre réalité apparaît, des rôles se créent, des normes implicites émergent, des alliances se forment ainsi que des tensions. Notre formation propose d’apprendre à voir et à comprendre cette dynamique. Il ne s’agit pas d’opposer le «je» au «nous». L’individu influence le collectif et le collectif transforme l’individu.
Cette formation se veut «expérientielle et immersive». C’est-à-dire?
Nous renversons en quelque sorte la logique habituelle. La théorie ne précède pas l’expérience, elle vient l’éclairer. Le groupe de formation devient lui-même le terrain d’apprentissage. Nous proposons des exercices structurés qui mettent les participants en situation d’agir ensemble. Puis nous observons ce qui vient réellement de se passer, comment le groupe s’est organisé, comment les décisions ont été prises, qui a occupé quelle place, ce qui a facilité ou freiné la coopération. C’est à partir de cette expérience que nous apportons ensuite des éléments de compréhension.
Un exemple?
Imaginez un groupe auquel on confie une tâche à réaliser dans un temps limité. Très vite quelqu’un prend l’initiative, une autre personne observe, certaines voix deviennent centrales et d’autres plus discrètes. Un désaccord peut apparaître. Ou au contraire, tout le monde peut être d’accord très rapidement. Une fois l’exercice terminé, réussir ou non la tâche devient presque secondaire. Ce qui nous intéresse, c’est ce qui s’est joué entre les personnes. Comment les rôles se sont-ils distribués? Qui a influencé la décision? Comment le groupe a-t-il réagi au désaccord? Certaines voix ont-elles disparu? Cette prise de recul permet de distinguer ce qui appartient à l’individu de ce qui est produit par la dynamique du groupe.
Vous êtes une experte de la dynamique collective depuis plus de vingt ans. Quels sont les ingrédients indispensables pour que la collaboration fonctionne?
Il faut d’abord un sort commun, une mission ou une tâche qui donne au collectif une raison d’exister. Il faut ensuite des relations de qualité. Cela ne veut pas dire que tout le monde doit être d’accord. Les tensions sont inévitables et la controverse peut être utile, à condition que le groupe soit capable de la travailler. Enfin, une équipe doit pouvoir distribuer et négocier les rôles. Cependant ces rôles ne correspondent pas toujours à ceux de l’organigramme. Il existe des rôles informels, des positions que le groupe attribue et que nous occupons parfois sans même nous en rendre compte.
La dynamique d’un groupe se construit souvent sans en avoir conscience, qu’entendez-vous par là?
Chaque personne arrive dans un collectif avec sa manière de voir, son expérience et ses habitudes. Mais progressivement, le groupe développe aussi sa propre manière de fonctionner avec des règles implicites, des façons de communiquer et de décider, des rôles, des alliances. Une forme de cognition collective se construit. C’est cette réalité que nous voulons rendre visible. Nous n’allons donc pas enseigner une recette de la «bonne équipe». Les participants vont apprendre à observer ce qui se joue dans un collectif, à reconnaître leur propre influence et à comprendre sur quoi ils peuvent agir. C’est également le sens d’une formation portée à deux voix, avec mon collègue Raphaël Crittin. Le croisement des regards permet d’observer un même collectif depuis plusieurs places et d’en saisir davantage la complexité. Notre rôle n’est pas de dire au groupe comment il devrait fonctionner, mais de l’aider à voir comment il fonctionne réellement.
Infos pratiques
La formation «Les dynamiques d’équipe. Expérimenter – Comprendre – Influencer» est organisée par la HES-SO Valais-Wallis et le «Laboratoire du Nous» du 25 au 28 janvier 2027 à Champex (Valais). Informations et inscription via le lien suivant: https://www.hevs.ch/fr/autres-formations/les-dynamiques-d-equipe-214212
L’intervenante
Sibylle Heunert Doulfakar est psychologue du travail et des organisations et accompagne des collectifs dans leur développement. Fondatrice du réseau syllogos, qui existe depuis 22 ans, elle est par ailleurs auteure du livre «La danse des rôles au sein des équipes» et enseigne dans différentes Hautes écoles. Elle est également l’instigatrice du Master en Ressources Humaines & Carrières à l’Université de Genève et du CAS Développement Organisationnel à la HES-SO Valais-Wallis.