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«Il s'agit de trouver un juste milieu entre productivité et durabilité»

Romaine Vérolet a réalisé un mémoire intitulé: «La durabilité dans l'orientation professionnelle adulte: étude du sens et de l'impact sur les pratiques des conseillers de l'OSP Valais», dans le cadre de son MAS RH aux universités de Genève, Lausanne, Neuchâtel et Fribourg.

Votre étude montre que la durabilité est appréhendée de façon multidimensionnelle par les psychologues-conseillers en orientation. Quelles sont ces dimensions?

Romaine Vérolet : Elles sont économiques, sociales et humaines et, de manière plus nuancée, écologiques. La dimension humaine touche au bien-être, à la santé physique et psychique et à l’équilibre personnel des personnes accompagnées. La dimension sociale joue un rôle important également. Les personnes au chômage peuvent se retrouver isolées.Il s’agit donc de renouer ce lien avec la société. La dimension économique implique de retrouver un revenu stable afin de payer ses factures et d’avoir des activités. Mais cet aspect économique ne se fait pas à n’importe quel prix, les conditions de travail comptent aussi. Chaque dimension interagit avec les autres. La dimension écologique est plus nuancée dans les discours. Il s’agit de faire attention à l’impact environnemental, mais aussi de s’assurer que le métier proposé sera durable dans le temps.

Vous avez mis à jour des tensions lorsque vous cherchez à intégrer la dimension écologique dans les entretiens avec les bénéficiaires... Quelles sont ces tensions ? 

Ces tensions se révèlent entre la réalité vécue par les personnes et les attentes institutionnelles et politiques. Dans le cadre du chômage par exemple. Il existe un délai cadre priorisant une insertion rapide. La formation continue et la transition de carrière viennent plutôt dans un deuxième temps. Pour les personnes qui bénéficient du social, les tensions sont différentes. Ce sont des personnes pouvant être sous-qualifiées et hors du marché de l’emploi depuis un certain temps. Pour elles, les enjeux ESG sont parfois hors d’atteinte. Nous visons donc en priorité l’autonomie financière et le retour à l’emploi. La durabilité viendra après. Du côté des pouvoirs publics, ces enjeux de durabilité sont souvent une priorité, mais cela implique de trouver des compromis et de l’argent pour trouver des solutions concrètes utiles aux bénéficiaires. Il s’agit de trouver un juste milieu entre productivité et durabilité.

Quelles seraient vos recommandations pour permettre un accompagnement vers une réinsertion rapide tout en veillant aux enjeux de durabilité?

Tout va dépendre du contexte et des outils à disposition du psychologue-conseiller. Cela peut être du temps de formation, des moyens financiers à investir ou des postes disponibles sur le marché de l’emploi. Le bénéficiaire ne peut pas porter toute la responsabilité. L’accessibilité à la formation n’est pas la même pour tout le monde. En Suisse, les personnes hautement qualifiées ont un accès facilité aux formations continues. Un autre levier sera les conditions de travail, au travers des CCT par exemple. Cela va dépendre des métiers, mais des bonnes conditions sont un environnement qui favorise le bien-être, le Work-Life Balance, des conditions de vie agréables ou le concept de «Slow Ta Carrière» de Sabrina Tacchini par exemple. Cette question est d’un côté individuelle et de l’autre collective. Certaines personnes veulent beaucoup d’autonomie, d’autres pas. Il s’agit de trouver un cadre de travail qui respecte les besoins de chacun tout en respectant l’équilibre du monde pour nous permettre de vivre en bonne intelligence.

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Marc Benninger est le rédacteur en chef de la version française de HR Today depuis 2006.

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