L'équipe RH du mois

«Nous sommes là pour soutenir ceux qui font vivre la mission de notre association»

Avec la récente ouverture du restaurant Bateau-Lavoir, l'association genevoise l'Astural développe sa mission sociale sous de nouvelles formes. Daniel Loureiro, responsable RH, évoque ce projet original, l'évolution de la fonction RH et ses principaux défis.

L’Astural vient de reprendre l’exploitation du Bateau-lavoir, un restaurant amarré sur le Rhône, au centre de Genève. Pouvez-vous présenter ce projet?

Daniel Loureiro: Nous avons accepté de reprendre cet établissement avec l’idée de ne pas en faire simplement un restaurant, mais aussi un lieu d’insertion socio-professionnelle. Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur une ancienne cheffe étoilée à la tête de la cuisine. Le restaurant va aussi accueillir des rencontres entre les équipes éducatives et thérapeutiques et les familles des enfants et des jeunes en difficulté que nous accompagnons.

Quel rôle avez-vous joué dans cette aventure?

Nous avons été très impliqués. Il a fallu organiser les recrutements dans un calendrier serré, en identifiant des personnes qui soient à la fois compétentes dans leur domaine et en adéquation avec notre engagement social. Il a aussi fallu mettre en place tout le volet RH, en nous familiarisant rapidement avec un secteur qui n’est pas le nôtre à la base.

Comment la fonction RH a-t-elle évolué à l’Astural ces dernières années?

Il y a sept ou huit ans, il n’y avait pas encore de pôle RH. La fonction a émergé et s’est progressivement structurée, et occupe désormais le rôle d’un partenaire de toute l’organisation. Aujourd’hui, nous sommes cinq, stagiaire compris. Cette évolution accompagne celle de l’Astural. Nous avons doublé nos effectifs durant cette période, pour atteindre désormais environ 350 collaborateurs.

Qu'est-ce qui fait la particularité de l'équipe RH de l'Astural?

Notre orientation service. Quand nous revoyons un processus, nous nous demandons d’abord ce qui sera le plus utile pour les collaborateurs et les managers. Nous acceptons parfois qu’un processus soit un peu plus exigeant pour nous s’il permet de simplifier réellement la vie de ceux que nous accompagnons. Cela ne veut pas dire que nous faisons tout à leur place. Chacun reste responsable de son rôle. Mais nous gardons toujours en tête que nous sommes là pour soutenir ceux qui font vivre la mission de notre association.

Comment faites-vous pour maintenir une culture commune avec une grande variété de métiers et de structures au sein de votre organisation?

Lors d’un recrutement, nous recherchons bien sûr les compétences métier, mais surtout une adéquation avec notre manière de travailler, qui est pluridisciplinaire et avec une vraie culture du travail collectif. Par exemple, chaque équipe se réunit hebdomadairement pour discuter à la fois des situations des bénéficiaires et de l’organisation du travail. Notre identité se fonde aussi sur l’approche systémique et l’approche centrée sur les solutions, deux références importantes dans notre manière de concevoir l’accompagnement. Enfin, nos valeurs communes ont été définies collectivement il y a quatre ans, et nous faisons en sorte de faire vivre ces fondamentaux au quotidien.

Le recrutement est-il difficile dans les métiers de l’accompagnement?

Il y a effectivement une pénurie de personnel dans le secteur, notamment pour les postes d’éducateurs spécialisés, mais nous avons la chance de ne pas avoir ce problème. Il faut dire que nous bénéficions d’une excellente marque employeur, pour reprendre le jargon RH, sans pour autant avoir mis en place de stratégie explicite pour la construire.

Comme l’expliquez-vous?

Je pense que le bouche-à-oreille joue un rôle. Nos collaborateurs sont probablement nos meilleurs ambassadeurs à l’extérieur. Plus ils sont contents de travailler chez nous et trouvent du sens à ce qu’ils font, plus nous continuerons à bénéficier de cette bonne image.

Comment prévenez-vous l’usure professionnelle dans vos équipes?

Un des axes de notre projet de santé au travail concerne la sensibilisation et la formation des managers, que nous appelons directeurs de proximité. Nous avons prévu de revoir leur cahier des charges pour y intégrer cette responsabilité en matière de santé de leurs collaborateurs. Un autre projet, qui vient des collaborateurs eux-mêmes, vise à mieux communiquer sur ces sujets. Le travailleur social est souvent dans une posture de «sauveur». Il peut donc avoir de la peine à dire à ses collègues ou à son directeur qu’il ne se sent pas bien. Il s’agit de créer les conditions pour que les difficultés puissent être partagées avant d’en arriver à l’arrêt de travail.

L’IA a-t-elle un impact sur votre fonction ou les métiers de l’association?

Nous avons créé un groupe de réflexion il y a un peu plus d’un an, qui se réunit régulièrement pour faire émerger une stratégie. Notre domaine traite de situations complexes, confidentielles. Tout ce qui concerne la protection des données est donc essentiel. Nous avons rapidement sensibilisé nos collaborateurs à une règle de base: ne pas introduire de données sensibles dans une IA publique. La prochaine étape consiste à développer une feuille de route pour des usages sécurisés, avec à terme l’implémentation d’une IA «maison», qui soit compatible avec nos contraintes.

Quels sont vos chantiers actuels?

Le premier concerne la santé au travail. Les métiers de l’éducation spécialisée sont exigeants et particulièrement exposés aux risques psychosociaux. Nous avons donc créé un poste de spécialiste RH et santé au travail, qui intervient à la fois dans la prévention et dans l’accompagnement des situations complexes. Nous allons par ailleurs changer d’ERP en 2027, avec l’objectif de poser les bases d’un véritable SIRH et de poursuivre ensuite notre numérisation. Enfin, avec plusieurs départs à la retraite à venir, nous allons repenser notre fonctionnement pour développer davantage les spécialisations RH, tout en conservant une bonne base généraliste.


À propos

L’Astural est une association à but non lucratif active depuis plus de 70 ans dans l’action sociale et le travail social à travers le canton de Genève. Elle compte aujourd’hui près de 350 collaborateurs répartis dans 13 structures. Elle propose notamment des prestations éducatives et thérapeutiques, des écoles spécialisées, des foyers pour adolescents, ainsi que diverses mesures d’insertion et de prévention. www.astural.org

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Erik Freudenreich

Erik Freudenreich est journaliste et rédacteur responsable web de HR Today.

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