premium Démons démasqués

Quelques démons RH et des pistes pour les chasser

Management, impact de l'IA sur nos cerveaux et tendance de l'être humain de tout tirer à soi-même. HR Today et son conseil de rédaction livrent leurs solutions.

Contre la variable d'ajustement

Par Geneviève Morand, fondatrice de la Fondation Rezonance

La responsabilité première d’un manager est de prendre soin des relations dans son équipe. Car c’est au cœur de ce «prendre soin» que se trouve le véritable gisement de croissance de nos entreprises, surtout dans un contexte où l’accès à l’énergie, aux matières premières et à la main-d’œuvre se contracte. Et ces coûts cachés représentent 20 à 70% d’économies possibles, et ceci chaque année. Avant d’entrer dans une telle dynamique, il s’agit de questionner nos propres représentations: quelle est notre vision anthropologique de l’homme? C’est la question que le professeur Laurent Taskin de Louvain-La-Neuve (en Belgique) a posé à ses collègues philosophes en leur demandant d’analyser les neuf best-sellers de la GRH. Résultat: il existe bien une vision, la même dans tous ces livres: l’être humain est considéré comme une variable d’ajustement du profit. Devant ce constat, deux options possibles. Continuer comme on l’a toujours fait, avec les mêmes résultats. Cette voie implique aussi de renforcer la bureaucratie des indicateurs, check-list et autres outils de compliance. La deuxième option est de considérer l’humain comme un sujet complexe et unique, toujours lié à un contexte et disposant d’une marge de manœuvre (même réduite). Un être humain qui ne se réduit pas à une série de KPI (Key Performance Indicators) et qu’il s’agit d’accompagner dans la durée. Car aujourd’hui, l’explosion des risques psycho-sociaux au travail n’est plus acceptable.


La grande lobotomie

Par David Matthey-Doret, coach et spécialiste IA

Oubliez la data et l’empreinte carbone de l’IA, le réel enjeu est votre ciboulot! Bienvenue dans la «fracturation de l’attention»: une injection de contenu à haute pression qui réduit votre esprit en compote de pommes. L’étude du MIT (Kosmyna, 2025) est un taquet: sous IA, votre connectivité neurale s’écroule. Cette «dette cognitive» vous transforme en poisson rouge incapable de citer le mail généré il y a dix secondes. L’hippocampe est au chômage technique. Vos livrables? Du «vomi de ChatGPT» (Micode). Une soupe homogène produite par des photocopieuses humaines recyclant du néant. L’entreprise est devenue une chambre d’écho sans âme. Le syndrome du Tamagotchi achève le naufrage. Dire «merci» à une machine Meta programmée pour être «arrangeante»? Ce labyrinthe de miroirs narcissiques simule une empathie synthétique pour mieux court-circuiter votre perception du réel et vous isoler des vrais humains.

RH, arrêtez d’être les pom-pom girls de la tech! La survie de vos équipes passe par le «Brain-only» en quatre points:

  1. Bannissez l’IA par défaut: l’effort sans béquille est la seule connexion neuronale qui compte.

  2. Instaurez la friction cognitive: l’apprentissage demande un effort. Forcez le travail «à nu», sans interface, pour réactiver la réflexion.

  3. Sanctifiez l’erreur: elle est la preuve irréfutable d’une présence humaine derrière l’écran.

  4. Reprenez le stylo: papier et crayon valent mieux que suicide synaptique!


Recette pour éviter la bêtise

Comment exercer son sens critique? Observez ce qui est en train de se passer. Levez la tête et posez des questions. Essayez de comprendre ce qui se joue devant vos yeux. Cette culture du sens critique peut prendre plusieurs formes:

  • Réserver une demi-journée par mois à un moment de réflexion critique en commun.

  • Nommer un avocat du diable qui va critiquer les décisions prises à chaque séance.

  • Demandez aux nouvelles recrues de partager leur impression de l’organisation. 

  • Allez visiter d’autres entreprises et partagez avec leur DRH vos observations. Changez ensuite les rôles.


S'intéresser aux autres

L’écrivaine Marguerite Yourcenar est une source d’inspiration pour celles et ceux dont le projet est d’améliorer la qualité de vie en entreprise. Elle-même ne s’intéresse pas au travail et aux sciences de la gestion, mais son œuvre et sa pensée méritent toute votre attention. Lors de ses nombreux entretiens, elle explique pourquoi la lecture et l’intérêt pour la connaissance sous toutes ses formes sont une manière de s’intéresser à l’autre. Nous avons trop souvent tendance à ramener les choses à nous. Nos parents nous ont apporté ceci ou cela… J’apprécie ce collègue, car il m’a permis de réaliser mon projet… Ce livre m’a aidé à résoudre ce problème personnel… Nous essayons rarement de comprendre l’autre pour ce qu’il est, son tempérament, les valeurs qui sont importantes pour lui ou pour elle. Marguerite Yourcenar propose aussi un discours rafraîchissant sur la question de l’égalité des genres. Elle rappelle que nous sommes avant tout des êtres humains. Ce serait dommage de créer de nouvelles différences (il y en a déjà suffisamment). Essayons de comprendre l’autre pour ce qu’il est, peu importe son genre. Lisez ses livres «L’Œuvre au noir» (1968), «Mémoires d’Hadrien» (1951) ou sa trilogie autobiographique «Le Labyrinthe du monde» (1974-1988). Écoutez aussi ses nombreux entretiens radiophoniques ou télévisés disponibles sur YouTube ou sur France Culture. C’est un esprit brillant et sympathique.


Secrets de fabrication

Ce dossier spécial politiquement incorrect ne serait pas complet sans un billet sur la face cachée d’HR Today. Je vous préviens, il n’y aura pas de scoops croustillants. L’idée est plutôt de vous dévoiler quelques secrets de fabrication. Les sujets présentés dans HR Today sont définis par la rédaction avec le soutien du conseil de rédaction (voir leurs noms dans l’impressum en page 65) . Nous sommes un média indépendant donc nous n’acceptons aucun deal «publicité payante contre un rédactionnel». Nos choix ne sont pas toujours judicieux, mais cela reste nos choix indépendants de journalistes. En principe, tous les articles sont relus par les intervenants·es. Cette relecture implique deux choses. Comme l’article ou l’interview sera relu, nous lâchons la bride au moment de l’écriture. À l’inverse, si l’intervenant ne demande pas de relecture (ce qui arrive rarement), la prudence est de mise. Utilisation de l’IA: tous les journalistes écrivent leurs articles sans IA. L’écriture est notre métier. L’IA est utilisée pour documenter un article en amont, trouver des sources et pour d’autres processus internes administratifs. Les auteurs externes en revanche écrivent de plus en plus avec de l’IA. Pour un œil expérimenté, cela se voit très vite. Nous avons publié une charte et un manifeste qui clarifie notre position par rapport à ces nouveaux outils.

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Marc Benninger est le rédacteur en chef de la version française de HR Today depuis 2006.

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