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Compte rendu du livre de Sarah Schulman: Conflit Is Not Abuse, éd. Arsenal Pulp Press, 2016, 301 pages
Dans cet essai, la romancière new-yorkaise Sarah Schulman distingue le conflit de l'agression. Une situation conflictuelle est une différence d'opinion, de valeurs ou de points de vue. Sa résolution nécessite une remise en question et l'ouverture à l'autre. Agresser c'est imposer à l'autre sa manière de voir, dans un rapport dominant/dominé. Un agresseur n'accepte pas l'auto-critique, la diversité ou la complexité.
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Photo: Marc Benninger
- Nous vivons dans une culture qui sur-réagit au conflit et qui sous-réagit à l’agression, explique Sarah Schulman. Dans une société de communication virtuelle, nous vivons mal les situations conflictuelles. Ne pas être d'accord, ressentir une émotion négative ou entendre des points de vue divergents est inconfortable. Cela implique de se remettre en question et d'accepter que nous avons une part de responsabilité dans un conflit. Pour éviter cet auto-critique et cette ouverture à l'autre, nous prétendons parfois être victime d'une agression.
- Un agresseur au contraire externalise toujours. Il ne se remet pas en question et assure que l'autre est seul fautif. Il y a deux types d'agresseur: le suprémaciste et le traumatisé. Le suprémaciste a toujours raison, il ne supporte pas la contradiction et pratique l’intimidation. Le traumatisé n’a pas encore guéri une blessure du passé. Peu confiant, il vit mal pas la remise en question. Cette introspection est trop difficile pour lui (ou pour elle). Il se protège en fermant sa carapace et recourt aux mêmes techniques agressives dont il a été victime.
- Chercher à communiquer est presque toujours le chemin difficile de celui ou celle qui est accusé à tort. Le but est de créer un lien pour que les deux parties se comprennent. Ce lien est facilité par un contact personnel ou téléphonique (alors que nous utilisons beaucoup les mails et les messages). Communiquer c'est passer d’un rôle passif et complice à un rôle engagé et responsable du changement. Communiquer c’est entrer dans les détails complexes de la situation et comprendre notre part de responsabilité.