La collégiale et le diplomate
Isabelle Lehn dirige l'association vaudoise d'aide et de soins à domicile (AVASAD). Le nouveau DRH Gérald Brandt est arrivé en mars 2026. Ensemble, ils doivent répondre à une augmentation des besoins de la population dans un contexte de pression budgétaires importante. Ils exposent ici le plan stratégique des centres médico-sociaux vaudois.

Isabelle Lehn et Gérald Brandt, le 14 septembre 2026 à Lausanne.
Photo: Pierre-Yves Massot / realeyes.ch pour HR Today
Elle est déterminée, collégiale et rapide. Lui est plus feutré, diplomate et méticuleux. Nommée directrice générale de l’AVASAD en mars 2025, Isabelle Lehn doit guider l’institution à travers une mer agitée. Avec d’un côté, des besoins de la population vaudoise qui augmentent. Et de l’autre, des diminutions budgétaires pré-annoncées par le canton de Vaud, le principal bailleur de fonds de l’opération (l’AVASAD reçoit plus de 300 millions de francs par année de l’État de Vaud). En clair, il s’agit de faire plus avec moins. Pour l’aider dans cette mission délicate: les onze directeurs du dispositif et un nouveau DRH. Elle a recruté en mars 2026, Gérald Brandt, qui dirigeait les RH du Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe). Isabelle Lehn confie: «Je savais ce que je cherchais: quelqu’un avec une vision éprouvée des enjeux RH dans le domaine de la santé.» Lui sourit discrètement et lui renvoie le compliment: «Isabelle a une grande qualité: elle questionne beaucoup et est très à l’aise dans cette posture réflexive.» Les voici réunis pour la première fois devant un média pour exposer leur vision.
50 centres médico-sociaux
Pour comprendre les enjeux, voici quelques chiffres. L’AVASAD est une association de droit public, créée en 2009, pour harmoniser et coordonner le réseau des 7 associations et fondations d’aide et de soins à domicile (50 centres médico-sociaux–CMS) du canton de Vaud. En tout, plus de 41 000 personnes (de tous âges) sont soutenues à domicile par année. En termes de personnel, cela représente près de 5300 collaborateurs·trices (soit 3560 EPT). À noter que l’AVASAD organise aussi des soins à la petite enfance (12 600 enfants suivis par année) et les visites d’infirmières scolaires (pour près de 39 000 élèves). La flottille AVASAD propose une large palette de prestations qui vont des soins d’hygiène de base aux conseils nutritionnels, en passant par l’ergothérapie et les parcours de réadaptation. «Notre mission principale est de permettre à la population vaudoise de vivre le plus longtemps possible à domicile. Sachant que cette population vieillit et que le nombre d’établissements médico-sociaux ne vas pas augmenter à la même allure ces prochaines années», note Isabelle Lehn.
Attirer et fidéliser
Nommée en mars 2025, à temps plein trois mois plus tard, elle commence par élaborer un nouveau plan stratégique. Affichée au mur devant elle dans son bureau, cette stratégie se décline en quatre axes: attirer et fidéliser; performance clinique, sociale et financière; partenariats et enfin innovation et transformation numérique. Elle commente: «Nous avons choisi de mettre les enjeux RH au sommet de nos priorités. Tout commence par là. Des équipes de qualité et en bonne santé sont le garant de notre succès opérationnel. De plus, le secteur des soins est un maché pénurique. La fidélisation du personnel et l’attractivité de nos CMS sont des enjeux stratégiques majeurs.» Gérald Brandt complète: «Cette fidélisation passe notamment par le développement de l’interprofessionnalité. Nous travaillons aussi sur la culture managériale.»
Les clients au centre
Le deuxième axe stratégique: «performance clinique, sociale et financière» semble plus évident. Isabelle Lehn: «L’organisation doit être au plus proche de nos clients. Nous sommes des prestataires de soins et d’aide à domicile, c’est toujours le client final qui doit bénéficier de nos décisions. Cela peut «sembler évident», mais cette finalité est vite oubliée quand on se perd dans le dédale des processus et des jeux de pouvoir d’une organisation. Mon rôle est de toujours rappeler que notre mission est d’être au service des clients qui sont majoritairement des personnes âgées à domicile.» Concrètement, le but est de simplifier les processus et d’assurer que le personnel dispose des bonnes compétences. «C’est là que mon rôle de DRH intervient. La formation est un enjeu stratégique si vous voulez maintenir un haut degré de satisfaction de vos clients finaux», note Gérald Brandt.
Réseau de partenaires
L’axe «partenariats» s’explique notamment par le contexte budgétaire tendu du canton de Vaud. Au lieu de faire plus avec moins, Isabelle Lehn veut «faire mieux ensemble», écrit-elle dans leur rapport annuel 2025. Ces partenaires sont les hôpitaux, les EMS (établissements médico-sociaux), les réseaux de soins, les médecins traitants et les centres de formation du personnel infirmier. «Nous devons aussi briser les silos à l’intérieur de l’organisation. Cette collaboration n’est pas nouvelle. Nous voulons la renforcer et construire de nouveaux projets ensemble», assure-t-elle.
Nouveau système d’informations RH
Cette exigence de transversalité s’illustre aussi par des investissements dans une nouvelle plateforme RH. En 2019, l’AVASAD a initié le développement d’un nouvel outil de planification, commun à tous les centres médico-sociaux. Le nouvel outil est aujourd’hui en cours de déploiement, accompagné d’une démarche de gestion du changement auprès des équipes. Les enseignements tirés de cette expérience nourrissent désormais le projet de nouveau SIRH (système d’informations RH). Celui-ci permettra d’harmoniser et de simplifier les processus RH des sept associations membres de l’AVASAD. «Nous sommes au stade de l’identification et la description des pro- cessus», indique Gérald Brandt. «Nous allons également pour-suivre le travail lié à la numérisation des documents».
Au camp de base avant l’ascension
En fonction depuis six mois, Gérald Brandt a été recruté par sa directrice. Comment qualifie-t-il leur collaboration? «Nous sommes en train de clarifier les modalités de notre collaboration. Si je prends une métaphore d’alpiniste, nous sommes au camp de base en train de préparer l’ascension», sourit-il. Tous les deux adeptes de sorties en haute montagne, ils prennent un moment toutes les semaines pour discuter des dossiers. Isabelle Lehn: «J’ai besoin de son expertise. Nous parlons de l’opérationnalité de nos choix stratégiques». Des exemples? Gérald Brandt: «Nous travaillons sur un nouveau dispositif de la relève et des successions.» Isabelle Lehn: «Nous allons faire face à plusieurs départs à la retraite dans des postes importants ces quatre prochaines années. Nous voulons être prêts et identifier les collaborateurs·trices susceptibles de les remplacer. Nous voulons privilégier la relève interne». Aussi dans le pipeline: un nouveau concept d’évaluation de la contribution professionnelle et un programme d’accompagnement et de développement sur les compétences managériales.
Une méthode pour décider
Le 9 mars 2027, Isabelle Lehn interviendra aux Rencontres Horizon à Crêt-Bérard, dont HR Today est le partenaire média. Elle parlera de la prise de décision. Sa méthode? «Je commence toujours par définir avec précision le problème et son périmètre. Une bonne décision doit reposer sur des informations à jour et pertinentes. Ensuite, j’aime aller droit au but et trancher. Le pire c’est de ne pas décider ou de reporter une décision à plus tard. Cela revient à rester dans l’immobilité qui est la mort des organisations.» Gérald Brandt complète: «Dans le milieu associatif, l’écoute des différentes parties prenantes est importante. Il faut savoir réunir les bons acteurs autour de la table et trouver un consensus.»
Décisions difficiles?
Les décisions les plus difficiles de leurs carrières? Isabelle Lehn réfléchit: «Je n’ai jamais eu de décisions difficiles. Une décision devient difficile si vous pensez qu’elle sera gravée dans le marbre pour toujours. Or ce n’est pas vrai. Vous pouvez toujours modifier une décision si vous réalisez qu’elle n’est pas la bonne ou si de nouvelles informations apparaissent entre-temps.» Gérald Brandt: «Pour un DRH, les décisions les plus difficiles sont liées à l’accompagnement des licenciements collectifs. Ce n’est jamais facile. J’entends souvent parler d’erreur de casting pour expliquer les raisons d’un licenciement. Je parlerais plutôt de mauvais scénario... Très souvent, les besoins n’ont pas clairement été identifiés en amont. Si vous prenez le temps de clarifier ce que vous essayez d’atteindre, vous limitez fortement les erreurs d’engagements.»