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Usage massif de l'IA au travail, mais peu d'accompagnement

Près de 72% des actifs suisses romands utilisent l'IA au travail, mais 79% n'ont jamais été formés, indique une enquête réalisée il y a quelques mois par l'institut Qualinsight, en partenariat avec la société Swiss Transcript.

L’IA est entrée dans les bureaux avant que personne n’y soit préparé. 72% des actifs romands utilisent l’IA au travail aujourd’hui. Près d’un sur deux est dans un usage hebdomadaire ou quotidien. Et chez ceux qui l’utilisent, 80% disent en faire un usage plus intense qu’il y a un à deux ans, dont 52% «beaucoup plus» intense. Le revers de la médaille est moins reluisant: 79% de ces actifs n’ont jamais reçu de formation à l’IA. On utilise massivement un outil qu’on n’a jamais appris à manipuler. C’est inédit comme dynamique de diffusion d’un outil professionnel.

Et la formation, quand elle existe, change vraiment les choses. Les actifs formés à l’IA l’utilisent deux fois plus souvent que les non-formés (63% d’usage hebdomadaire contre 34%). Ça veut dire qu’un collaborateur qui n’a pas été formé reste dans un usage flou, intermittent, peu performant.

Le maillon faible, c’est la gouvernance

49% des organisations n’ont pas de règles claires concernant l’usage de l’IA. Et seulement 20% en ont formalisé. Dans ce flou, 27% des utilisateurs admettent ouvertement se servir d’outils d’IA sans validation de leur employeur ou de leur service IT. 72% des usages reposent sur les versions gratuites grand public. ChatGPT en tête (utilisé par 79% des utilisateurs d’IA), Copilot et Gemini ensuite. Or les versions gratuites n’offrent aucune garantie sur ce que deviennent les données qu’on y injecte. Le paradoxe qui m’a frappée: 77% des actifs disent vouloir une réglementation claire de l’IA et 72% jugent la protection des données importante. Mais 70% n’ont jamais vérifié où vont leurs données et 60% ne savent même pas où elles sont hébergées. C’est exactement le terrain de jeu d’une politique RH bien faite: aligner ce que les collaborateurs disent vouloir avec ce qu’ils font vraiment.

Ce qu’on craint a changé

Il y a deux ans, la peur numéro un face à l’IA était la perte d’emploi. Aujourd’hui, la fiabilité des résultats est passée en tête (21%). L’impact sur l’emploi suit (19%) puis la protection des données (18%) et la dépendance technologique (14%). 

Cette évolution traduit une maturité. Les gens ont mis les mains dedans. Ils ont vu les hallucinations, ils ont vu que l’IA peut dire n’importe quoi avec un aplomb total. Ils ont compris qu’il fallait vérifier. La peur abstraite a cédé la place à une vigilance qui se nourrit du vécu.

L’usage reste très basique

77% des utilisateurs en restent au niveau «prompts simples» ou n’ont aucune maîtrise du tout. Seuls 6% pratiquent des prompts avancés (chaînage, contextualisation, itération). On utilise ChatGPT comme on tape une requête dans Google, ni plus, ni moins. Conséquence directe: 82% des actifs gagnent moins de 3 heures par semaine grâce à l’IA. Seuls 10% dépassent ce seuil. La promesse de productivité existe, mais elle est largement sous-exploitée parce qu’on ne sait pas s’en servir.

Trois chantiers pour les RH

À la lecture de ces données, voilà les trois chantiers qui me semblent les plus urgents pour les fonctions RH:

  • Cartographier les usages réels avant de réglementer. Quels outils sont déjà utilisés, par qui, pour quoi. Le Shadow AI ne se traite pas par interdiction, il se traite en proposant des alternatives plus pertinentes que ce que les gens trouvent eux-mêmes en deux clics.

  • Poser un cadre, même imparfait, plutôt qu’attendre le cadre parfait. Le rôle des RH va bien au-delà de la rédaction d’une charte IA. C’est aussi de travailler main dans la main avec l’IT et le juridique pour traduire ce cadre sur des bases contractuelles: ce qui est accepté, ce qui ne l’est pas, et surtout clarifier pour le commun des mortels les degrés de sécurité de chaque outil et le type de données qu’on peut y mettre.

  • Former par cas d’usage. Un atelier de deux heures sur «com- ment préparer un entretien annuel avec l’IA» ou «comment relire une fiche de poste générée par IA» aura plus d’impact qu’une formation générale d’une journée. Le déclencheur, c’est le besoin métier.


Étude Qualinsight × Swiss Transcript (un outil de transcription et de génération automatique de comptes rendus, hébergé sur des serveurs en suisse), mars 2026, n = 1 030 actifs en Suisse romande, tous secteurs. Consulter les résultats complets: https://qualinsight.ch/actualites/ia-travail-suisse-romande-gouvernance-2026/

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Esther Sève est la directrice de Qualinsight. esther.seve@qualinsight.ch

 

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